You Matter: Parcours de soins des ITSS pour les personnes qui ont été incarcérées

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Les personnes qui ont été incarcérées sont disproportionnellement touchées par les infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS), comme le VIH et l’hépatite C. Par exemple, la prévalence de l’hépatite C chez les personnes incarcérées dans le système provincial de la Colombie-Britannique peut atteindre 25 %, par rapport à 1 % (en anglais) dans la population générale. Pour soutenir la santé et le bien-être de cette communauté, le B.C. Center for Disease Control s’est associé au B.C. Mental Health and Substance User Services pour produire You Matter : Pathways to Care for STBBIs (Parcours de soins des ITSS). Ce projet a été financé dans le cadre du programme Soutenir des projets visant à contrer et à prévenir les méfaits associés à la consommation de substances en Colombie-Britannique de l’Agence de la santé publique du Canada. Créé en collaboration avec des professionnel·le·s de la santé, des membres du personnel pénitentiaire, des groupes communautaires, des chercheur·se·s et des personnes ayant une expérience actuelle ou vécue de l’incarcération, You Matter fournit des lignes directrices et des recommandations en matière de politiques pour le dépistage des ITSS et l’arrimage aux soins dans les centres correctionnels provinciaux de la Colombie-Britannique.

Les personnes incarcérées sont réduites au silence et exclues de beaucoup de choses; elles n’ont pas souvent l’occasion de participer aux décisions qui ont une incidence directe sur leurs soins. Leur donner la possibilité de participer à l’élaboration de lignes directrices comme celles-ci permet non seulement de leur donner la parole, mais permet aussi aux prestataires de soins de santé et aux décideurs politiques de se faire une bien meilleure idée de ce que veulent réellement ces personnes.

Les directives et recommandations de You Matter couvrent l’ensemble du parcours de soins des ITSS pour les personnes incarcérées, depuis comment contrer la stigmatisation et mieux former sur le sujet, jusqu’au dépistage, en passant par l’arrimage à des soins après la remise en liberté. Examinons les principales recommandations incluses dans les nouvelles lignes directrices.

Contrer la stigmatisation

Pour améliorer la prévention et la prise en charge des ITSS chez les personnes incarcérées, il faut tout d’abord s’attaquer à la stigmatisation. Celle-ci a été identifiée comme un obstacle majeur aux soins par toutes les parties prenantes consultées.

Les lignes directrices de You Matter recommandent l’adoption des mesures suivantes pour y parvenir :

  • Formation continue sur les ITSS pour le personnel et les personnes détenues
  • Favoriser un langage respectueux et centré sur la personne en matière d’ITSS
  • Mettre l’accent sur le respect de la vie privée et de la confidentialité des tests et des soins relatifs aux ITSS

Mieux former

Une formation continue sur les ITSS est recommandée au personnel pénitentiaire, aux professionnel·le·s de la santé et aux personnes incarcérées. Celle-ci pourrait prendre la forme de documents imprimés ou de programmes éducatifs donnés régulièrement.

Plusieurs modules en ligne d’autoapprentissage pour les membres du personnel pénitentiaire et les professionnel·le·s de la santé, disponibles via le centre de formation de la Provincial Health Services Authority de la Colombie-Britannique, ont également été préparés. Chaque module a été créé avec l’aide de personnes qui ont effectivement travaillé comme agent·e·s pénitentiaires ou comme personnel infirmier dans les prisons.

Pour les personnes incarcérées, You Matter offre d’autres ressources éducatives (en anglais) comme des vidéos et des jeux de cartes avec des informations sur les ITSS. Elles ont été conçues en collaboration avec des personnes ayant vécu l’expérience de l’incarcération.

Le dépistage et l’arrimage aux soins

Au moment de leur première incarcération, la santé des personnes incarcérées fait l’objet d’une évaluation au cours de laquelle des professionnel·le·s de la santé leur expliquent le dépistage et les traitements des ITSS disponibles et quand ils peuvent être fournis. Se basant sur les contributions de toutes les parties prenantes, cette offre initiale devrait s’étendre après le moment de l’admission et être encouragée autant que possible pour renforcer la « normalisation » des dépistages, tout en augmentant les chances de son acceptation par tout un chacun.

Vers la fin de la période d’incarcération, lorsqu’une date de libération est connue, le personnel pénitentiaire et les professionnel·le·s de la santé doivent réfléchir à la façon dont ils et elles peuvent soutenir la transition de la personne qui va être libérée vers la communauté et le maintien des soins pour les ITSS. Cela pourrait se faire en orientant la personne vers des programmes de soutien par les pairs, en transférant les ordonnances à une pharmacie adaptée à ce type de suivi et en rassemblant la documentation nécessaire sur son traitement et son plan de suivi des ITSS.

Toutes les parties prenantes ont convenu que le fait d’amorcer le lien avec les soins dans la communauté le plus tôt possible avant la libération de la détention donnera les meilleures chances de maintenir les personnes sous traitement et de s’assurer qu’elles bénéficient d’un suivi approprié après leur libération. La grande majorité des personnes incarcérées se retrouveront des usager·ère·s de services proposés dans la communauté et, par le système provincial, cela se passe souvent assez rapidement. Plus vite les liens avec les prestataires de soins communautaires sont établis, mieux c’est.

Mise en place

Les services de santé correctionnels en Colombie-Britannique mettront en œuvre You Matter de manière échelonnée en commençant par trois sites témoins, et y déploieront des protocoles conformes aux lignes directrices au cours des six prochains mois. En 2023, d’autres sites se joindront au déploiement jusqu’à ce que les 10 centres correctionnels de la province soient impliqués.

Nous espérons que d’autres provinces et territoires au Canada commenceront également à envisager ces lignes directrices comme la référence pour la norme de soins qui devraient être fournis pour les ITSS dans les prisons. De plus, le processus utilisé pour les élaborer, dans lequel des personnes incarcérées sont intervenues, semble également prometteur pour la préparation de lignes directrices dans d’autres domaines de la santé.

Pour plus d’informations, lisez cet article (en anglais) sur You Matter sur le site Web du CTN.

 

Hannah Branch est spécialiste des communications au Réseau. Après avoir obtenu son diplôme en biologie humaine à l’Université de Birmingham en 2012, Hannah a poursuivi une carrière dans les communications dans le domaine de la santé, l’emmenant dans un voyage transatlantique de Londres, au Royaume-Uni, à Vancouver, au Canada.

Sofia Bartlett, docteure en médecine, est investigatrice au sein du Réseau canadien pour les essais VIH des IRSC (le Réseau) un partenariat pancanadien de chercheur·se·s, de personnes vivant avec le VIH et de leurs soignant·e·s, de gouvernements, de défenseur·se·s de la santé et de l’industrie pharmaceutique et biotechnologique. De plus, elle est scientifique principale pour les infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS) au B.C. Center for Disease Control, professeure auxiliaire à l’Université de la Colombie-Britannique à l’École de santé publique et des populations, et codirectrice de la Canadian Collaboration for Prison Health and Education. 

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