Modèle directeur pour guider les efforts d’élimination de l’hépatite C au Canada : Une approche basée sur les populations prioritaires et l’équité en matière de santé – Deuxième partie

Sandra Ka Hon Chu, Lindsay Jennings, Jennifer Broad
• 

Ce billet de blogue est un suivi d’un autre billet qui a été publié le 27 août, 2019 sur le Modèle directeur pour guider les efforts d’élimination de l’hépatite C au Canada. 

Personnes qui utilisent des drogues

Par Jennifer Broad, Programme communautaire sur l’hépatite C de Toronto

En raison de mon expérience personnelle avec le VHC et de mon travail de soutien à la communauté dans un programme pour personnes utilisant des substances illicites, je suis heureuse que le Modèle directeur accorde la priorité aux personnes qui utilisent des drogues dans son approche visant l’élimination de l’hépatite C. Je trouve aussi encourageante l’approche intersectionnelle basée sur l’équité en matière de santé que le Modèle directeur adopte dans sa promotion d’une vision holistique des personnes qui utilisent des drogues, une approche qui reconnaît le besoin d’aborder des questions allant au-delà de la consommation de drogues, comme la santé mentale, la criminalisation, l’itinérance et la pauvreté.

Les services de réduction des méfaits sont souvent le premier, voire le seul point de contact avec le système de santé traditionnel des personnes qui utilisent des drogues et des autres personnes marginalisées, système avec lequel bon nombre ont peut-être eu des expériences négatives ou stigmatisantes. L’intégration de principes et pratiques de réduction des méfaits dans l’ensemble du document fait ressortir le rôle critique de cet élément dans l’élimination de l’hépatite C. Le Modèle directeur va même jusqu’à recommander la décriminalisation de l’utilisation de drogues dans les politiques et la prestation de services, un élément avec lequel je suis fortement en accord. J’irais même jusqu’à dire que la décriminalisation ne représente que la première étape, et que nous devons pousser plus loin et offrir un approvisionnement sûr de tous les types de drogues illicites.

Les sections où le Modèle directeur reconnaît et valide les multiples formes de stigmatisation auxquelles les personnes qui consomment des drogues sont confrontées en tant qu’obstacle important au diagnostic et au traitement de l’hépatite C et aux soins des patients sont tout aussi importantes. Les personnes qui utilisent des drogues ne parlent pas souvent de ces expériences, mais reconnaître l’existence de cette stigmatisation dans nos systèmes de santé et de services sociaux contribuerait grandement à augmenter l’utilisation des soins de santé. Le Modèle directeur présente des suggestions sur ce point, par exemple s’assurer que les personnes qui utilisent des drogues participent de manière considérable à la conception de programmes. L’engagement des pairs, à mon avis, est une composante souvent négligée dans la création de programmes de lutte contre l’hépatite C, mais qui revêt une grande importance si nous voulons atteindre nos objectifs d’élimination de l’hépatite C.

Personnes ayant fait l’expérience du milieu carcéral

Par Sandra Ka Hon ChuRéseau juridique canadien VIH/sida, et Lindsay Jennings, Prisoners HIV/AIDS Support Action Network (PASAN) 

Trop souvent, les décideurs disposent des outils pour remédier à une menace pour la santé publique, mais n’ont pas la volonté politique requise pour passer à l’action. C’est certainement le cas en ce qui concerne l’hépatite C. Même s’il est possible de prévenir et de guérir l’infection par le VHC, cette dernière a été décrite comme « la maladie infectieuse ayant le fardeau le plus lourd » au Canada parce qu’elle continue de causer plus d’années de vie perdues que toute autre maladie infectieuse au pays. Il est donc crucial d’agir rapidement afin de prévenir la propagation continue de l’infection par le VHC et de traiter toutes les personnes qui vivent avec cette infection. Les auteurs du Modèle directeur visent à combler le fossé entre les données probantes et la pratique. Le Modèle directeur a donc été lancé afin de fournir aux gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux des options pour lutter contre l’infection par le VHC au Canada.

Il s’agit d’une ressource importante pour des organismes comme le Réseau juridique canadien du VIH/sida et PASAN, qui militent pour les droits humains des communautés marginalisées, dont bon nombre de membres vivent avec une infection par le VHC, sont à risque de la contracter ou sont autrement affectés par cette infection. Le Modèle directeur offre des cibles concrètes dans les domaines de la prévention, du dépistage et du diagnostic de l’infection par le VHC, ainsi que des soins et traitements de cette infection — cibles qui constituent des points de référence essentiels pour les organismes comme les nôtres dans nos efforts pour provoquer des changements. Parallèlement, les recommandations concernant les politiques et la prestation de services qui visent à réduire la stigmatisation, intègrent la réduction des méfaits et incluent des recommandations précises pour les populations prioritaires, comme les personnes qui s’injectent des drogues, les peuples autochtones et les détenus, nous outillent de manière à pouvoir revendiquer de façon plus efficace un meilleur accès au traitement de l’infection par le VHC, à des services de réduction des méfaits et à des options thérapeutiques pour ces communautés négligées. De façon plus générale, ces recommandations appuient également nos appels à la décriminalisation de la possession de drogues à usage personnel. Avec le Modèle directeur en main, la balle est maintenant dans le camp des décideurs gouvernementaux, qui devront attaquer de front la lutte contre l’infection par le VHC, de sorte qu’elle devienne chose du passé.


Le Modèle directeur a été publié en mai de cette d’année, mais ce n’est que la première étape; le vrai travail commence maintenant. Le Modèle directeur se veut un guide pour que les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux élaborent et mettent en œuvre individuellement un plan d’action pour la lutte contre l’hépatite C dans leurs sphères de compétences respectives. J’espère qu’il s’avérera un outil précieux qui nous maintient sur la bonne voie, garantissant nos progrès alors que nous avançons collectivement vers l’objectif ambitieux d’éliminer l’hépatite C d’ici 2030.

Partagez

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Post comment