Les chiffres nationaux ne disent pas tout : les décès par surdose en Nouvelle-Écosse sont en augmentation

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En 2024, le nombre de décès liés aux opioïdes au Canada a chuté de 17 % par rapport à l’année précédente. Parmi les facteurs ayant contribué à cette baisse, notons les changements liés à l’approvisionnement en drogues contaminées et non réglementées, la disponibilité de la naloxone et la diminution de la taille de la population à risque de surdose. Il est toutefois essentiel de reconnaître que, malgré ce résultat encourageant à l’échelle nationale, un trop grand nombre de personnes continuent de perdre la vie. Le nombre de décès liés aux opioïdes reste extrêmement élevé par rapport à la période précédant la présence généralisée des opioïdes synthétiques dans l’approvisionnement en drogues.

Parmi ces opioïdes synthétiques figurent le fentanyl et les nitazènes qui sont souvent mélangés à des benzodiazépines synthétiques. Le fentanyl est un opioïde synthétique pouvant être environ 50 fois plus puissant que l’héroïne. Utilisé dans le cadre de procédures cliniques et médicales depuis les années 1960, il a fait son chemin jusque dans le marché non réglementé, avant d’inonder l’approvisionnement d’héroïne vendue dans la rue. Cette drogue puissante tue à un rythme alarmant.

La baisse nationale de 17 % des décès liés aux opioïdes enregistrée l’an dernier ne raconte pas toute l’histoire. Bien que certaines provinces et certains territoires aient signalé une diminution du nombre de décès liés aux opioïdes contaminés, le nombre de décès dans d’autres régions du pays a augmenté, notamment au Québec, à Terre-Neuve-et-Labrador et dans les Territoires du Nord-Ouest. Au Québec, 645 décès ont été signalés en 2024, soit une augmentation par rapport à 2023 où 536 décès avaient été signalés. À Terre-Neuve-et-Labrador, le nombre de décès est passé de 37 à 45, tandis que les Territoires du Nord-Ouest ont enregistré six décès en 2024, comparativement à trois en 2023.

Je suis né et j’ai grandi en Nouvelle-Écosse, où je vis et travaille encore aujourd’hui. J’ai travaillé dans presque tous les services et tous les organismes de réduction des méfaits de la province. Bien que la Nouvelle-Écosse ait connu une légère baisse des décès liés aux opioïdes contaminés entre 2023 et 2024, en 2025, la province a connu le nombre de décès le plus élevé jamais enregistré. Malgré tous nos efforts, 78 personnes sont décédées à cause des opioïdes contaminés en 2025, soit plus que n’importe quelle autre année.

Cependant, l’utilisation d’opioïdes n’est pas la seule cause de décès liés aux drogues contaminées; on observe également un nombre élevé de décès associés à l’utilisation de stimulants et/ou de plusieurs substances. En Nouvelle-Écosse, le nombre de décès liés à l’utilisation de la cocaïne et d’autres stimulants, comme les méthamphétamines, continue d’augmenter.

En tant que personne ayant vécu les défis liés à l’utilisation de drogues pendant la majeure partie de ma vie adulte et ayant perdu de nombreux·ses ami·e∙s, y compris mon ancienne partenaire, l’amour de ma vie, je comprends les conséquences tragiques de la crise des drogues contaminées dans nos communautés. Cette crise continue d’affecter trop de monde au Canada. Trop de vies ont été perdues et trop de familles ne seront plus jamais les mêmes. Trop de personnes sont à risque. Nous devons rester vigilant·e·s dans nos efforts pour soutenir les personnes qui vivent avec les enjeux liés à l’utilisation de substances et pour prévenir d’autres tragédies.

J’ai perdu ma partenaire à la suite d’une surdose l’an dernier. Elle était si jeune, drôle et belle. Elle débordait de vie, mais n’a jamais eu la chance d’atteindre tout son potentiel. Elle m’a appris à m’accepter comme une personne utilisant des drogues, même si elle pouvait parfois être dure avec moi. Je pense à elle chaque jour et j’espère qu’elle serait fière de savoir que je me suis abstenu pendant plus de six mois. Je m’en voulais autrefois pour sa mort et j’aurais échangé ma place avec elle sans hésiter. C’est peut-être une façon de parler maladroite ou au contraire très juste, mais c’est ce que je ressens.

La crise des drogues contaminées est le fruit d’un contexte de criminalisation qui permet aux fabricant·e·s de continuer à couper et à contaminer les substances avec des drogues synthétiques mortelles afin de maximiser leurs profits, sans aucune considération pour leur clientèle.

En réponse, la Nouvelle-Écosse a mis en œuvre une liste de diffusion d’alertes sur les drogues. Elle permet de partager des signalements provenant de la communauté au sujet des drogues contaminées dans l’approvisionnement non réglementé; il y a également les signalements de la Gendarmerie royale du Canada sur des drogues potentiellement dangereuses saisies par la police. Les courriels envoyés dans le cadre de ce service comportent des bribes d’information sur chaque drogue, notamment ce comme quoi elle a été vendue à la base, son lieu de vente et ses symptômes inhabituels. Parfois, ces informations s’accompagnent d’une image. Les adresses des personnes figurant dans la liste de diffusion ont aussi accès aux données sur la mortalité liée aux drogues en Nouvelle-Écosse.

Deux sites de consommation supervisée existent en Nouvelle-Écosse : l’un dans le quartier North End à Halifax, appelé ReFIX, et l’autre à Sydney, au Cap-Breton, appelé Peer Six. J’ai aidé à ouvrir ReFIX. Ce site est le premier site de prévention des surdoses du Canada atlantique, à Halifax, qui est toujours en activité aujourd’hui dans le sous-sol de notre clinique communautaire de traitement par agonistes opioïdes (TAO). J’ai moi-même régulièrement fréquenté ce site, et il m’a sauvé la vie à maintes reprises. La dernière fois que j’y ai fait une surdose remonte à l’année dernière. J’avais acheté du fentanyl en Colombie-Britannique. Je me souviens avoir préparé et aspiré la substance dans la seringue avant de remarquer sa couleur foncée et sa concentration. J’ai failli me l’injecter dans la jambe, mais j’ai décidé d’attendre l’ouverture du site.

Je serai toujours reconnaissant envers les services de consommation supervisée et sécurisée. Ils sauvent des vies.

Nous avons besoin de services de réduction des méfaits plus innovants, créatifs et efficaces pour sauver des vies, alors que l’approvisionnement en drogues contaminées continue de prendre de l’ampleur, même si le nombre de décès par surdose diminue à l’échelle nationale. Des mesures urgentes sont nécessaires pour renforcer et protéger les services de réduction des méfaits, y compris les sites de consommation supervisée, sans quoi davantage de provinces risquent de connaître une nouvelle hausse des décès liés à l’approvisionnement en drogues contaminées.

Les personnes qui utilisent des drogues ne méritent pas de perdre la vie à cause des substances qu’elles utilisent. Elles méritent d’avoir accès aux soins et à la sérénité grâce aux traitements, à la réduction des méfaits et à l’approvisionnement sécuritaire.

Facile à dire… Il est temps d’agir.

 

Matthew Bonn est un membre du conseil d’administration de l’International Network on Health and Hepatitis in Substance Users, conseiller en culture de la drogue chez Changemark Research & Evaluation et rédacteur pour les réseaux sociaux de l’International Journal of Drug Policy. Précédemment, il a été gestionnaire de programme à la Canadian Association of People who Use Drugs. Les articles de Matthew en tant que pigiste ont été publiés dans des médias tels que The Conversation, Doctors Nova Scotia, Policy Options et The Coast. Il a également fait partie de la 64ᵉ délégation canadienne à la Commission des stupéfiants. Il fait actuellement usage de drogues et a été incarcéré par le passé.

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