Réduire la réduction des méfaits augmentera les cas d’infections transmissibles par le sang
Les programmes de réduction des méfaits ont joué pendant près d’une décennie un rôle de premier plan dans la réponse à la crise des drogues contaminées, mais ils font aujourd’hui l’objet de coupes budgétaires dans certaines régions du Canada. Dans certaines communautés, des programmes tels que les services de consommation supervisée et la distribution de matériel pour un usage de drogues à moindres risques se voient retirer leur financement ou imposer des restrictions, tandis que d’autres sont contraints à la fermeture. Et ce, malgré de solides données montrant que les services de consommation supervisée préviennent des décès par surdose, favorisent des pratiques de consommation plus sécuritaires et améliorent l’accès aux soins de santé, y compris aux traitements et aux services de santé mentale, en plus de réduire l’utilisation de drogues dans les lieux publics. Les programmes de distribution de matériel de consommation à moindres risques, souvent appelés programmes d’aiguilles et de seringues, préviennent des infections virales telles que l’hépatite C et le VIH ainsi que des infections bactériennes graves et des lésions. Dans l’ensemble, cette réorientation des politiques qui se cache derrière les grands titres sur la crise des drogues contaminées fait planer le spectre d’une augmentation des infections transmissibles par le sang.
Un accès plus limité à ces programmes risque en effet de propulser les taux de transmission à des niveaux qu’on n’observe plus depuis qu’on les a instaurés, dans les années 1980 et 1990.
En février, CATIE a participé au 15e Symposium canadien sur le virus de l’hépatite C, organisé par le Réseau Canadien sur l’Hépatite C (CanHepC) dans le cadre de la Réunion canadienne sur le foie. Ce symposium a réuni à Toronto des expert×e×s venu×e×s de partout au pays pour présenter les dernières avancées de la recherche sur l’hépatite C.
Le thème de cette année était la prévention de l’hépatite C. Au cours de l’évènement, CATIE a invité les conférencier×ère×s et les participant×e×s à partager leurs points de vue sur le rôle de la réduction des méfaits dans la prévention de l’hépatite C, et sur les actions qui pourraient y améliorer l’accès, partout au Canada. Deux questions étaient à l’ordre du jour. Comment la réduction des méfaits peut-elle contribuer à prévenir l’hépatite C et d’autres infections transmissibles par le sang, et à favoriser de façon plus générale la santé des personnes qui utilisent des drogues? Et comment pouvons-nous concrètement rendre la réduction des méfaits plus accessible aux communautés qui ont besoin de ces services?
Rôle des services de réduction des méfaits dans la prévention de l’hépatite C
Accroître l’accessibilité de la réduction des méfaits
Comment pourrions-nous rendre les services de réduction des méfaits plus faciles d’accès afin de prévenir de nouvelles infections par le VIH et d’autres méfaits évitables?
La réduction des méfaits permet de prévenir l’hépatite C et d’autres infections transmissibles par le sang
Les services de réduction des méfaits constituent l’un des moyens les plus importants et les plus efficaces de prévenir les nouveaux cas d’hépatite C et de VIH au Canada — principalement en sensibilisant les personnes et en distribuant du matériel stérile pour un usage de substances à moindres risques. Ils peuvent également servir de points essentiels d’accès au dépistage de l’hépatite C et du VIH ainsi que d’arrimage aux soins et traitements, pour des client×e×s qui ne sont pas arrimé·e·s au système classique de soins de santé.
Les services de réduction des méfaits ne se limitent pas à la prévention de l’hépatite C, du VIH et d’autres infections transmissibles par le sang : ce sont des services communautaires essentiels. Ce sont des lieux où chaque personne peut venir telle qu’elle est, où on l’accueillera avec bienveillance et compassion, et où elle pourra obtenir des soins salvateurs et qui valorisent la vie. Ces services peuvent orienter leurs usager·ère·s vers d’autres mesures bénéfiques pour leur santé et leur bien-être, telles que le soutien social, les soins médicaux, les services de santé mentale et les programmes de traitement.
Cependant, les programmes de réduction des méfaits sont menacés dans de nombreuses régions du Canada. Les reculs en la matière entraîneront une recrudescence des méfaits pour les personnes qui utilisent des drogues, notamment l’hépatite C, le VIH et d’autres infections transmissibles par le sang, ainsi que des surdoses et des décès, sans compter une diminution des occasions d’accéder à d’autres services sociaux et de santé.
Rivka Kushner est gestionnaire, Mobilisation des connaissances sur l’hépatite, chez CATIE. Elle est titulaire d’une maîtrise en santé publique avec une spécialisation en promotion de la santé, et a précédemment travaillé dans le domaine de l’échange des connaissances en matière de consommation de substances, de santé en milieu de travail ainsi que de durabilité environnementale.
