De nouvelles estimations de l’hépatite C au Canada montrent les progrès accomplis (et ce qu’il reste à faire)

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Le Canada fait partie des pays qui se sont engagés à éliminer l’hépatite C en tant que menace pour la santé publique d’ici 2030. Mais comment savoir si nous sommes sur la bonne voie pour atteindre cet objectif et comment mesurer nos progrès en cours de route?  

Heureusement, l’Organisation mondiale de la Santé a établi des cibles dans sa Stratégie mondiale du secteur de la santé contre l’hépatite virale, que l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) a adaptées au contexte canadien. Ces cibles tracent une voie vers l’élimination en fixant des chiffres concrets à atteindre : réduire de 90 % les nouvelles infections par le virus de l’hépatite C (VHC) d’ici 2030; diagnostiquer 90 % des infections par le VHC et faire en sorte que 80 % des personnes admissibles reçoivent un traitement contre l’hépatite C. Chacune de ces cibles comprend également un jalon en date de 2020, pour aider à évaluer nos progrès.

Où en est le Canada sur la voie de l’élimination de l’hépatite C?

L’ASPC a récemment publié des estimations de l’hépatite C au Canada basées sur les données de 2019, qui servent pour la première fois à mesurer les progrès du Canada vers ses cibles d’élimination dans les domaines de la prévention, du dépistage et du traitement.

 

Les estimations montrent que nous avons de nombreuses raisons de nous réjouir, mais plusieurs choses à coordonner et à mettre en œuvre. Le Canada a atteint ses cibles de 2020 en matière de dépistage et de traitement, mais il accuse un retard considérable dans la prévention des nouvelles infections. L’objectif pour 2020 était de réduire les nouvelles infections de 30 %; or, entre 2015 et 2019, la réduction n’a été que de 2 %.

Pour atteindre nos objectifs de prévention, nous devons maintenir notre élan en matière de dépistage et de traitement, et intensifier considérablement nos efforts de prévention, notamment en renforçant les services de réduction des méfaits afin de réduire le nombre de nouveaux cas d’infection par le VHC. 

Utiliser les données comme outil pour contribuer à l’élimination de l’hépatite C au Canada

Les efforts d’élimination de l’hépatite C s’appuient sur des données épidémiologiques. Sans ces données, les prestataires de services, les élaborateur·trice·s de programmes, les décideur·euse·s politiques et les bailleurs de fonds manquent d’informations cruciales pour nous aider à maintenir le cap.

L’ASPC a pour mandat de promouvoir et de protéger la santé des Canadien·ne·s par le leadership, le partenariat, l’innovation et l’action en matière de santé publique, ce qui inclut de collecter des données pancanadiennes pour éclairer les futurs efforts de prévention, de dépistage et de traitement. Ses plus récentes estimations de l’hépatite C brossent un portrait de l’incidence, de la prévalence et du traitement de l’hépatite C au Canada. Le rapport précédent de l’ASPC utilisait des données de 2011; nombre d’intervenant·e·s du domaine considèrent qu’elles sont d’une ère complètement différente – où l’hépatite C ne pouvait pas se guérir par des antiviraux à action directe, où ces traitements n’étaient pas encore universellement couverts au Canada et où de nombreuses innovations dirigées par des personnes du domaine n’avaient pas encore vu le jour.

Qu’entend-on par « élimination en tant que menace pour la santé publique »?

Les efforts mondiaux actuels se concentrent sur l’élimination de l’hépatite C en tant que menace pour la santé publique, ce qui est différent de l’éradication de l’hépatite C.

On parle d’éradication lorsqu’un virus donné ne cause plus de nouvelles infections à l’échelle mondiale. La variole est un bon exemple de maladie éradiquée grâce à des efforts de vaccination à grande échelle.  

Techniquement parlant, on parle d’élimination lorsqu’un virus donné ne cause plus de nouvelles infections dans une zone géographique définie. L’élimination en tant que menace pour la santé publique consiste à réduire les nouvelles infections causées par un virus dans une zone géographique définie, au point où il n’est plus considéré comme une menace pour la santé publique. On arrive à l’élimination par la prévention, le dépistage et le traitement, et son maintien nécessite des efforts continus et ciblés. À l’heure actuelle, il n’est pas possible d’éradiquer l’hépatite C, vu l’absence d’un vaccin efficace, mais on peut l’éliminer en tant que menace pour la santé publique grâce à des traitements curatifs et à des efforts de prévention. L’élimination de l’hépatite C en tant que menace pour la santé publique nécessitera toujours un effort déterminé, en particulier pour la prévention des nouvelles infections.

Il reste encore un long chemin à parcourir pour éliminer l’hépatite C d’ici 2030

Ces données montrent clairement qu’il est crucial de redoubler d’efforts pour prévenir les nouveaux cas d’infections par le VHC, ce qui inclut d’assurer l’accès aux services essentiels et au matériel de réduction des méfaits. Bien que les cibles de dépistage et de traitement étaient sur la bonne voie en 2019, la pandémie de COVID-19 a affecté l’accès au dépistage et au traitement des infections virales, y compris l’hépatite C. Des données pancanadiennes sont cruciales pour obtenir une vue d’ensemble, mais elles peuvent occulter des différences régionales ou locales. Un article publié dans le Canadian Liver Journal a projeté le moment de l’élimination de l’hépatite C dans les 10 provinces du Canada; sur la base de cette analyse, les auteur·e·s ont déterminé que trois provinces n’étaient pas sur la bonne voie pour y parvenir d’ici 2030.

À présent que la menace de la COVID-19 commence à s’atténuer, des conversations prometteuses concernant l’élimination de l’hépatite C ont été relancées à l’échelle nationale. L’élaboration de feuilles de route sur les politiques et pratiques pour l’élimination de l’hépatite C va bon train dans plusieurs régions, et des recommandations ont récemment été adressées à l’Ontario. Les discussions porteront sur la manière d’atteindre lescibles d’élimination en ce qui touche la prévention, le dépistage et le traitement, et comprendront probablement d’importants appels à l’action pour continuer à améliorer notre réponse à l’hépatite C aux échelons régional et national.

En soulignant l’importance de données d’actualité, exactes et représentatives de toutes les personnes vivant au Canada, en particulier des populations les plus touchées par l’hépatite C, la voie à suivre devient de plus en plus claire. Muni·e·s des plus récentes estimations canadiennes et d’un ensemble d’objectifs concrets et réalisables, nous sommes mieux informé·e·s que jamais sur la façon d’atteindre notre objectif d’éliminer l’hépatite C du Canada.

 

Ressources :

 

Melisa Dickie est directrice, Mobilisation des connaissances sur l’hépatite C et la réduction des méfaits chez CATIE.

Shannon Elliot était spécialiste en connaissances, Hépatite C chez CATIE et occupe depuis récemment un poste d’analyste principale, politique en matière de santé chez Santé Ontario (Action Cancer Ontario).

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