Zéro transmission : l’histoire de Rainer et Eka

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CATIE a lancé récemment sa campagne Zéro transmission pour sensibiliser davantage au fait que les personnes vivant avec le VIH qui suivent un traitement efficace ne transmettent pas le virus à un partenaire. La série présente des couples sérodifférents réels dont l’un des partenaires est séropositif et l’autre, séronégatif. CATIE a rencontré un de ces couples, Rainer Oktovianus et Eka Nasution, pour mieux connaître leur histoire et comprendre pourquoi ils ont choisi de participer à la campagne.

Comment vous êtes-vous rencontrés?

Rainer : Nous nous sommes rencontrés durant un festival du film à Jakarta, en Indonésie. Eka était bénévole et je faisais partie du comité organisateur. Nous étions à l’Institut français d’Indonésie et ce jour-là, le public attendait depuis cinq bonnes minutes que le film commence, mais rien ne s’affichait à l’écran. Alors je me suis rendu à la salle de contrôle, et j’ai vu Eka qui tentait de faire fonctionner le lecteur DVD. Je l’ai aidé, et j’ai remarqué comme il était mignon. J’étais en présence de ce mec séduisant qui peinait à faire fonctionner un simple lecteur DVD. Nous avons bavardé, et je l’ai trouvé charmant et brillant. Je crois que le cerveau est l’atout le plus sexy d’une personne.

À ce moment-là de ma vie, je voyageais beaucoup pour mes projets de photographie, mais nous avons gardé contact par texto. En fait, j’ai encore tous nos messages textes depuis lors.

Comment avez-vous appris que Rainer était séropositif?

Eka : Après le début de notre relation, j’ai remarqué que Rainer attrapait facilement des rhumes et qu’il faisait souvent beaucoup de fièvre. Cela a duré plusieurs semaines avec plus ou moins de symptômes. Nous avons décidé de vérifier notre statut VIH ensemble dans une clinique de Jakarta, en avril 2011. L’infirmière nous a fait des prises de sang dans des pièces séparées. J’ai eu mon résultat le lendemain, mais pas Rainer. Après environ une semaine d’attente, nous sommes retournés à la clinique. La docteure nous a convoqués à son bureau. Je me suis senti jugé pendant toute cette expérience. Alors qu’elle nous annonçait le diagnostic, une de ses infirmières était présente sans notre consentement. Malgré cela, quand elle nous a demandé de nous asseoir, elle a déplié la feuille du résultat, et nous a dit que Rainer était séropositif. Rainer a commencé sa médication antirétrovirale ce jour-là ou peu après, et est indétectable depuis.

Comment votre diagnostic a-t-il influé sur votre relation au début?

Rainer : Quand Eka l’a appris, il s’est effondré et a pleuré. Je n’étais pas si inquiet parce que j’étais déjà bien informé de par mon travail d’éducation sur le VIH et mon militantisme auprès des personnes LGBTQ d’Indonésie. Je ne suis pas certain de ce qu’Eka s’imaginait, mais je lui ai dit : « Je ne vais pas mourir et tout va bien aller. Je vais seulement changer un peu mon train-train quotidien. » Honnêtement, je m’attendais à ce qu’il me quitte en raison de mon statut VIH. Je me suis dit que j’allais croquer la vie à pleines dents, et je lui ai dit que cela ne m’effrayait pas.

Quand avez-vous appris pour la première fois que les gens qui suivent un traitement du VIH efficace ne le transmettent pas par des rapports sexuels? Qu’en avez-vous pensé?

Eka : C’est Rainer, en 2015, qui m’a renseigné au sujet de I = I (indétectable égale intransmissible). Rainer était l’un des délégués au congrès sur la santé sexuelle masculine de la coalition Asie Pacifique (APCOM) à Bangkok, Thaïlande, et il m’a dit ce que signifiait une charge virale indétectable, la prophylaxie pré-exposition (PrEP), et d’autres renseignements sur la prévention issus du congrès. Il m’a même apporté les ressources distribuées au congrès.

Puisqu’à l’époque on n’entendait pas parler de I = I, l’information me laissait sceptique. Je croyais qu’il était trop tôt pour en arriver à ces conclusions. Il fallait que l’efficacité du traitement du VIH à prévenir la transmission par des rapports sexuels soit confirmée par des données probantes. J’ai donc attendu trois ans que la science valide I = I, tout en me protégeant avec des condoms, au cas où ces études fassent fausse route. À cette époque, je me méfiais aussi de I = I et de la PrEP parce que je soupçonnais l’industrie pharmaceutique de créer ces stratégies dans le but de vendre plus de médicaments.

Parler à quelqu’un de son statut VIH est déjà assez difficile. Comment avez-vous trouvé le courage d’en parler à la caméra?

Rainer : Je crois que je suis bien placé pour faire comprendre aux gens ce qu’il en est de toutes ces histoires. J’éduquais les gens sur le VIH avant mon diagnostic, et maintenant je suis une personne vivant avec le VIH. Donc je suis encore mieux placé pour en parler maintenant. Je veux mettre en pratique ce que je prêche. De nos jours, la défense des droits, le soutien et l’éducation en matière de VIH/sida circulent plus librement dans les médias sociaux. Il y a tant de façons de faire passer le message. De plus, le temps est on ne peut plus propice à parler haut et fort. C’est aussi pour cette raison que j’ai créé #BreakTheStigma, un projet qui s’attaque aux préjugés liés aux LGBTQ, au VIH, aux problèmes de santé mentale et au racisme. La conversation se doit de débuter quelque part.

Quel rôle les personnes séronégatives peuvent-elles jouer pour réduire la stigmatisation du VIH?

Eka : C’est précisément pourquoi je me suis impliqué dans la campagne Zéro transmission de CATIE, pour réduire la stigmatisation. Nos images dans la vidéo (en anglais) illustrent à quoi ressemble un couple sérodifférent, deux personnes en amour, vivant pleinement leur vie. Normalement, je n’ai pas l’occasion de conscientiser les gens sur le VIH/sida, alors participer à la campagne m’a permis de répondre aux questions usuelles que mes pairs ou d’autres peuvent se poser, mais de manière informelle.

À titre de personnes séronégatives, nous sommes à même de prendre la parole et de remédier au manque de connaissances des gens, ou pour la plupart, remettre en question leurs croyances sur le VIH/sida, et parler des répercussions négatives que la stigmatisation a sur nous tous.

 

Pour plus de détails et pour commander des affiches et cartes postales gratuites, allez à www.zerotransmission.ca.

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