Apporter le dépistage à la population

par Amanda Giacomazzo

Le Canada a adopté les cibles mondiales visant l’éradication du VIH et de l’hépatite C comme menaces pour la santé publique d’ici 2030. Quoiqu’ambitieuses, ces cibles sont devenues une possibilité réaliste grâce à l’efficacité des médicaments modernes. Le traitement du VIH supprime tellement efficacement le virus que les Canadiens séropositifs qui commencent tôt le traitement peuvent connaître une espérance de vie semblable à celle de leurs pairs séronégatifs. Cela permet également de prévenir la transmission du VIH entre les partenaires sexuels. En ce qui concerne l’hépatite C, la majorité des Canadiens qui suivent un traitement guérissent de nos jours en l’espace de plusieurs semaines.

Toutefois, avant de pouvoir tirer profit des traitements efficaces, les gens doivent être diagnostiqués. Malheureusement, selon les estimations, 14 % des Canadiens séropositifs ignorent leur statut VIH, et 44 % des Canadiens vivant avec l’infection à l’hépatite C chronique ne savent pas qu’ils en sont atteints. La recherche nous révèle que la plupart des transmissions ont comme source des personnes non diagnostiquées. En ce qui concerne le diagnostic du VIH et de l’hépatite C, le Canada accuse des retards par rapport à d’autres pays où les systèmes de santé et les épidémies sont semblables, notamment le Royaume-Uni et l’Australie.

Nous ne pouvons pas nous attendre à rejoindre les personnes non diagnostiquées sans changer nos approches de dépistage. Au lieu d’attendre que les gens se présentent à une clinique de dépistage, les approches novatrices apportent l’offre du dépistage aux endroits où les gens se trouvent, c’est-à-dire dans la communauté et les contextes non cliniques et même chez eux. Le dépistage est important parce qu’il n’est pas seulement la porte d’accès aux soins et au traitement pour les personnes recevant un résultat positif, mais il ouvre aussi la voie à la prévention pour les personnes dont les résultats sont négatifs.

Nous décrivons ci-dessous des approches de dépistage du VIH et de l’hépatite C novatrices qui se sont montrées prometteuses pour accroître la proportion de personnes qui connaissent leur statut à l’égard de ces infections. Ces approches permettent de surmonter les obstacles au dépistage se rapportant à l’individu, au fournisseur de services et aux institutions. Elles utilisent des technologies de dépistage et sont mises en œuvre dans des contextes novateurs.

Dépistage aux points de services

Le dépistage aux points de services (DPS) permet à la personne testée de recevoir immédiatement le résultat de son test de dépistage du VIH ou du VHC à l’endroit où il est effectué, et celui-ci peut être utilisé dans une variété de contextes. Si le résultat est réactif, un deuxième échantillon de sang est prélevé et envoyé au laboratoire pour un test de confirmation. L’intégration du DPS dans les programmes existants peut aider à rejoindre des populations spécifiques qui ne se feraient pas tester autrement, tout en veillant à ce que le dépistage soit effectué d’une manière pertinente et sécuritaire sur le plan culturel.

Pharmacies

En Saskatchewan, un programme de DPS apporte l’offre du dépistage du VIH au contexte d’une pharmacie communautaire afin de donner aux gens l’occasion de se faire tester pendant qu’ils obtiennent leur méthadone, leurs médicaments antidiabétiques ou leurs contraceptifs. Une étude de recherche a mis sur pied un programme de DPS du VIH dans des pharmacies communautaires en Alberta et à Terre-Neuve. L’étude avait pour objectif de rejoindre les personnes à risque de contracter le VIH et celles qui n’avaient jamais été testées. Les applications futures de cette recherche pourraient inclure l’extension du dépistage pour inclure l’hépatite C et d’autres infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS).

Prisons

Une collaboration entre le gouvernement provincial de l’Ontario, le Département de santé régional de Halton et deux prisons ontariennes (Maplehurst et Vanier) ont apporté le DPS du VIH, de la syphilis et de la gonorrhée à deux prisons. Ce projet visait à étendre l’accès au dépistage du VIH en offrant des services de dépistage anonymes fournis par une unité de santé publique locale. Le programme s’est révélé acceptable pour les équipes de santé des prisons, ainsi qu’aux détenus.

Dans la communauté

À Winnipeg, des travailleurs paramédicaux offrent le DPS aux clients d’un refuge pour sans-abri en partenariat avec le Programme sur le VIH du Manitoba.

Les cliniques communautaires éphémères apportent directement le dépistage du VIH et de l’hépatite C aux endroits où les clients se rassemblent, tels que les centres de jour et les soupes populaires.

À Vancouver, des modèles fondés sur le recours aux pairs testeurs utilisent les foires de rue, les centres communautaires et les hôtels de chambres à occupation simple comme espaces pour le DPS du VIH. En vertu de ce modèle communautaire, le dépistage est également offert pour réduire la stigmatisation et fournir des occasions éducatives dans la communauté.

Cliniques dentaires

Le dépistage rapide aux points de services a été utilisé dans des cliniques dentaires de Vancouver pour tester des patients pour le VIH dans le cadre de leur examen dentaire de routine. Les dentistes et le personnel des cliniques effectuent les tests puis mettent les personnes diagnostiquées en contact avec une équipe de proximité chargée d’assurer l’arrimage aux soins du VIH. Des approches semblables ont été utilisées pour le dépistage de l’hépatite C en Italie.

Dépistage standard

Le dépistage standard des infections transmissibles par le sang comme le VIH et l’hépatite C consiste à prélever un échantillon de sang par veinopuncture et à l’envoyer au laboratoire pour l’analyse. Si le test s’avère réactif ou positif, un test de confirmation est effectué. Dans le cas de l’hépatite C, une deuxième prise de sang peut être nécessaire pour faire le test de confirmation. Des efforts sont en cours pour étendre l’éventail de professionnels de la santé pouvant effectuer les tests de dépistage standards, notamment par l’inclusion de pairs testeurs et d’autres fournisseurs de services non spécialisés, ainsi que pour simplifier le processus de dépistage du VIH et du VHC.

Intégration dans les programmes de réduction des méfaits

Le fait de combiner les approches de dépistage du VIH, de l’hépatite C et des autres ITSS aux programmes de réduction des méfaits peut également aider à rejoindre les clients dans leurs contextes particuliers. Par exemple, l’inclusion du dépistage des ITSS dans un programme qui distribue du matériel de réduction des méfaits peut rendre le dépistage accessible aux personnes qui se procurent du matériel et aider à cibler des populations spécifiques (personnes qui utilisent des drogues) et ce, dans le cadre d’une approche où les obstacles sont peu nombreux.

Dépistage de routine dans les contextes de soins primaires et actifs

L’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) et certains gouvernements provinciaux, dont celui de la Colombie-Britannique et de la Saskatchewan, ont publié des lignes directrices qui recommandent l’offre d’un test de dépistage du VIH dans le cadre des soins médicaux périodiques de routine. L’offre systématique du dépistage dans les contextes de soins primaires vise à enlever les obstacles en normalisant le dépistage du VIH pour tout le monde. À Vancouver, on a fourni de la formation et du soutien aux médecins de famille afin de s’assurer que les professionnels de la santé possèdent les compétences et les connaissances nécessaires pour offrir systématiquement le dépistage du VIH à leurs patients dans le cadre des soins primaires.

L’offre systématique du dépistage dans les contextes hospitaliers peut permettre à toutes les personnes admises aux services médicaux, chirurgicaux et d’urgence d’avoir l’option de se faire tester pour le VIH. Le dépistage systématique en contexte hospitalier a été intégré dans des hôpitaux de Vancouver en suivant une approche par phases. L’initiative a permis de poser entre trois et huit diagnostics positifs pour chaque tranche de 1 000 tests effectués, ce qui la rend très rentable.

Dépistage à domicile

Le dépistage du VIH à domicile est une méthode discrète et pratique qui pourrait permettre de rejoindre des personnes ayant besoin de se faire tester et qui ne le feraient pas autrement. L’autodépistage du VIH permet à la personne de faire le test de manière privée chez elle ou encore dans un contexte communautaire ou de soins de santé où un espace privé est fourni. Les trousses d’autodépistage du VIH ont été approuvées dans de nombreux pays du monde (y compris les États-Unis, le Royaume-Uni et la France), et cette méthode a reçu l’approbation de l’Organisation mondiale de la Santé en 2017. L’autodépistage est actuellement à l’étude chez Santé Canada et pourrait être mis à la disposition des Canadiens dans un avenir proche.

Dépistage en ligne

GetCheckedOnline offre aux gens une façon novatrice de se faire tester en fournissant l’accès électronique et confidentiel aux demandes de tests de dépistage d’ITSS et aux résultats. Les clients téléchargent un formulaire de demande de laboratoire et ont l’option de commander une trousse d’autoprélèvement en ligne. Ils apportent ensuite l’échantillon à un laboratoire local, puis le résultat leur est communiqué par courriel ou téléphone. Ce service est offert à l’heure actuelle en Colombie-Britannique.

Dépistage par analyse de gouttes de sang séché

Pour un dépistage par analyse de gouttes de sang séché (DAGSS), on effectue une piqûre du doigt afin de prélever quelques gouttes de sang qu’on laisse tomber sur une carte, puis on envoie celles-ci à un laboratoire de santé publique pour des tests de dépistage et de confirmation du VIH et de l’hépatite C. À l’heure actuelle, cette technique de prélèvement est utilisée de façon limitée au Canada à des fins de diagnostic. Le DAGSS peut améliorer le dépistage dans les collectivités éloignées parce que les échantillons sont très stables et plus faciles à transporter, et les prélèvements peuvent être effectués par du personnel non médical. Cette approche est à l’étude dans le cadre de projets de recherche dans plusieurs endroits au Canada, compris au Manitoba, en Colombie-Britannique et en Ontario.

 

Amanda Giacomazzo est spécialiste en connaissances du programme de traitement et de prévention de CATIE. Elle détient une maîtrise en sciences de la santé et a reçu une formation spécialisée en services de santé et en recherche sur les politiques. Amanda a travaillé précédemment en traduction des connaissances et en santé publique au niveau provincial et dans le secteur sans but lucratif.

 

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