Tirer des leçons de la situation d’urgence créée par le VIH en Saskatchewan

Par Susanne Nicolay

Depuis 2009, la Saskatchewan figure en tête des provinces canadiennes ayant le taux le plus élevé de nouvelles infections au VIH et la plus importante proportion de personnes vivant avec le VIH. L’épidémie de VIH dans cette province est unique par rapport aux autres juridictions du Canada, car plus des trois quarts de nos nouvelles infections surviennent chez les personnes qui utilisent des drogues injectables (la moyenne canadienne se situe sous la barre des 14 %).

Les origines des enjeux de santé publique, comme le VIH et l’hépatite C, se situent cependant bien au-delà de la dépendance et de l’abus de substances. Ces enjeux sont apparus il y a bien longtemps et ils proviennent non seulement d’un manque d’investissement — à la fois humain et financier — à long terme et durable, mais découlent aussi directement de l’impact de la colonisation et des pensionnats indiens.

Le VIH et l’hépatite C constituent des symptômes d’enjeux beaucoup plus importants en Saskatchewan. Je crois que ces enjeux sont à tout le moins reliés en partie à ce qui m’apparaît être du racisme de longue date envers les Autochtones. Les personnes autochtones de la Saskatchewan sont touchées de manière disproportionnée par plusieurs problèmes chroniques de santé, notamment le VIH. Pour nombre d’entre nous qui travaillons dans ce domaine depuis de nombreuses années, ces disparités en santé peuvent être associées à un manque de reconnaissance et de volonté politiques relativement à la situation d’urgence de santé publique actuelle créée par le VIH.

Ayant travaillé en tant qu’infirmière dans le domaine du VIH durant près de 25 ans, j’ai constaté les progrès réalisés dans les technologies de dépistage, les médicaments, la compréhension scientifique et l’inclusion des pairs comme faisant partie intégrante des programmes liés au VIH.

Toutefois, en tant qu’infirmière et qu’être humain, je suis tout de même déçue de ce qui m’apparaît être une absence de réponse adéquate et équitable face au VIH en Saskatchewan. Le financement provincial et les effectifs pour les programmes liés au VIH au sein de la province sont demeurés en grande partie inchangés depuis que la Saskatchewan a élaboré et mis en œuvre sa stratégie de quatre ans contre le VIH en 2010. À trois ans de la fin de la stratégie provinciale officielle, l’épidémie de VIH continue de se propager, mais le financement alloué à l’échelle provinciale demeure rattaché aux communautés en fonction des données épidémiologiques de 2009.

Tout de même, malgré ces enjeux, des histoires de réussite ressortent de la réponse face au VIH en Saskatchewan.

De nombreux fournisseurs de soins dévoués et passionnés continuent de travailler avec les communautés pour appuyer leur bien-être, mettre fin à la transmission et soutenir un accès équitable aux soins.

Deux communautés des Premières nations de la Saskatchewan ont connu du succès, bien avant le reste du pays, en atteignant les objectifs mondiaux 90-90-90 pour diagnostiquer 90 % des personnes vivant avec le VIH, offrir le traitement à 90 % des personnes ayant reçu un diagnostic et atteindre la suppression virale chez 90 % des personnes sous traitement. Ce succès réside dans des interventions novatrices et adaptées, dirigées par la communauté et axées sur cette dernière, en partenariat avec les fournisseurs de soins de santé et la Direction générale de la santé des Premières Nations et des Inuits de Santé Canada.

Que pouvons-nous tirer de ces succès? Le succès se produit là où l’innovation et la réceptivité individuelle des communautés sont appuyées et encouragées par les communautés, à l’échelle communautaire locale; où les soins sont offerts dans des endroits sécuritaires pour les clients; où les soins et le soutien sont inconditionnels et sans jugement – ne dépendent jamais de la façon dont un client vous accommode ou vous est agréable; et où les soins de santé se basent sur un modèle de forces et de bien-être, plutôt que sur les déficits et la maladie.

Les communautés elles-mêmes savent déjà ce qui fonctionnera et comment obtenir du succès. Elles ont simplement besoin de ressources adéquates et durables, de soutien et des aptitudes pour obtenir ce succès.

 

Susanne Nicolay est infirmière autorisée à Regina, en Saskatchewan, et membre du conseil d’administration de CATIE.

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