Nouveau gouvernement, nouvelles priorités : répondre aux besoins de tous les Canadiens

Par Frédérique Chabot et Sarah KennellFred Chabot

Sarah KennellLa campagne électorale a été longue et pleine de rebondissements, et les Canadiens attendent maintenant de voir ce que fera notre nouveau gouvernement.

Pendant la campagne, Action Canada pour la santé et les droits sexuels a publié une série de fiches thématiques sur ce que devrait faire le gouvernement sur divers enjeux liés aux droits sexuels et reproductifs. Certains gestes ont déjà été posés, mais le gros du travail proposé dans ces fiches reste à faire pour que notre pays respecte enfin ses obligations face à ces droits sexuels et reproductifs.

Nous avons pris bonne note des promesses entendues durant la campagne électorale. Nous sommes maintenant prêts à nous assurer que le nouveau gouvernement abrogera ces lois ou politiques qui nuisent aux personnes vulnérables, et nous souhaitons collaborer à l’élaboration et à la mise en œuvre de mesures qui protégeront les Canadiens marginalisés et leur viendront en aide.

Le 17 décembre marquera la Journée internationale pour mettre fin à la violence envers les travailleurs et travailleuses du sexe. À cette occasion, nous demandons au gouvernement de tenir sa promesse de réviser les lois canadiennes sur la prostitution en abrogeant les dispositions nuisibles adoptées l’an dernier pour les remplacer par une loi et des politiques factuelles qui protégeront la santé et la sécurité des travailleurs et travailleuses du sexe.

L’approche politique patriarcale qui visait à « sauver les femmes » en n’établissant aucune distinction entre le travail du sexe et la traite de personnes a mené à une hyperpénalisation, des abus de surveillance et parfois la déportation de personnes déjà marginalisées, p. ex. migrantes ou de minorité visible. Toute politique visant les personnes marginalisées peut compromettre leurs droits sexuels et reproductifs et leur accès à des services et de l’information de qualité en santé, provoquant ainsi des inégalités et de l’incohérence dans les résultats cliniques. Si le Canada souhaite se montrer sérieux face aux droits de la personne, il doit se doter de programmes, de politiques et de lois qui permettent à chaque individu de jouir pleinement de ses droits sexuels et reproductifs.

La pénalisation sert souvent d’excuse au profilage et au harcèlement de groupes racialisés. Cette triste vérité vaut pour nos lois actuelles sur la prostitution et pour d’autres comme la nouvelle Loi sur la tolérance zéro face aux pratiques culturelles barbares. Dans ces deux cas, les personnes qui n’ont pas la citoyenneté canadienne ou dont le statut d’immigrant demeure précaire risquent de ne pas pouvoir avoir accès à certains services comme des soins de santé sexuelle et reproductive.

Il est essentiel que toutes les personnes migrantes, surtout les femmes, aient un accès équitable aux soins de santé, que ces individus soient ou non réfugiés, résidents permanents ou mariés. Des politiques et des programmes fondés sur les droits de la personne et qui respectent le principe d’universalité de la Loi canadienne sur la santé sont tout aussi importants, ce dernier principe permettant à n’importe qui au pays d’avoir accès à certains services.

Nous avons aussi besoin de données. Le gouvernement doit établir un programme national de surveillance d’indicateurs de santé sexuelle faisant appel à des enquêtes poussées. Le gouvernement pourrait à ce chapitre soit périodiquement reprendre l’Enquête canadienne sur les indicateurs de santé sexuelle menée en essai pilote en 2012, soit étoffer le module des comportements sexuels de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes en y ajoutant des questions sur la contraception et la planification familiale.

Le manque de données sur les tendances canadiennes en santé sexuelle et reproductive empêche l’élaboration de politiques et de programmes adaptés à la réalité actuelle. Ces données permettraient au gouvernement et à la société civile d’établir leurs priorités, de combler les carences relevées, et de mettre en œuvre, de valider ou de modifier leurs politiques et programmes. Le Canada pourrait ainsi se doter de stratégies nationales cohérentes, factuelles, réfléchies et progressistes pour répondre aux besoins de l’ensemble de sa population.

Une fois ses lois nuisibles abrogées et fort des données auxquelles il aura accès, notre gouvernement pourra impliquer de façon tangible les divers secteurs de la société canadienne qui lui permettront de définir, d’élaborer, de mettre en œuvre et d’évaluer les politiques et programmes ayant une incidence sur chacune de nos vies.

Il est évident que rien de tout cela ne sera possible si l’argent n’est pas au rendez-vous. Il faudra subventionner les programmes de promotion des droits et de la santé sexuelle et reproductive qui ont fait leurs preuves : prévention et traitement des ITSS, accès aux soins de santé reproductive, et respect des droits sexuels et reproductifs de tout un chacun.

Il est donc clair que le gouvernement a beaucoup de pain sur la planche. Les droits de la personne, y compris les droits sexuels et reproductifs, ne peuvent cependant plus attendre et le gouvernement doit abroger ses lois nuisibles, compiler des données et fournir les services et les fonds qui permettront à chaque personne au Canada de jouir de la meilleure santé sexuelle et reproductive qui soit.

Respectivement agente aux informations sur la santé et agente des affaires publiques, Frédérique Chabot et Sarah Kennell travaillent pour Action Canada pour la santé et les droits sexuels, un organisme de bienfaisance progressiste et pro-choix voué à la défense et à la promotion de la santé et des droits sexuels et reproductifs au Canada et à l’étranger. Pour en apprendre davantage, visitez http://www.sexualhealthandrights.ca/fr/.

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