Parler de la PrEP sans détour : Priss Cryption se sert de l’art du drag pour renforcer la prévention du VIH
En ma qualité de pharmacien, de professeur de pharmacie et de chercheur qui s’avère également être une drag queen, j’ai appris une chose essentielle en clinique et dans les clubs : les gens sont à l’écoute – et retiennent ce qu’ils entendent – lorsqu’ils et elles se sentent vu·e·s. À travers mon personnage de drag queen, Priss Cryption, j’élabore des programmes qui permettent de joindre les communautés là où elles se rassemblent, en faisant connaître la prophylaxie pré-exposition (PrEP) au VIH et les nouveaux outils de prévention des ITS, comme la prophylaxie post-exposition à la doxycycline (doxy-PPE), sur les scènes, dans les bars, dans les salles de classe et sur les fils d’actualité des réseaux sociaux. Des paillettes qui ont une raison d’être.
Le besoin est criant. Le Canada a enregistré 2434 nouveaux diagnostics de VIH en 2023, soit une augmentation de 35 % par rapport à 2022, ce qui vient nous rappeler que les progrès ne sont pas certains et que les initiatives de prévention doivent être visibles, accessibles et adaptées à la culture.
Au Canada, la PrEP au VIH est offerte sous forme de comprimés à prendre par voie orale quotidiennement ou sur demande, et sous forme d’un produit injectable à longue durée d’action administré par un·e prestataire de soins de santé. Même si la trousse d’outils de prévention du VIH ne cesse de s’enrichir, la sensibilisation et le recours à la PrEP au VIH parmi les personnes bispirituelles, transgenres, non binaires et autres personnes de diverses identités de genre au Canada restent faibles, ce qui fait ressortir la nécessité d’une action de proximité et d’un accompagnement en matière de soins de santé ciblés et valorisants.
Pourquoi le drag? Parce que la confiance ouvre des portes.
L’art du drag est depuis longtemps un instrument de promotion de la santé, qui a permis notamment de recueillir des fonds et de sensibiliser le public pendant l’épidémie de sida, et sur lequel s’appuient encore aujourd’hui les interventions de proximité. Plusieurs exemples contemporains montrent que les stratégies intégrant l’art du drag permettent de dynamiser la mobilisation, de réduire la stigmatisation et de diffuser des messages qui font mouche : un robot conversationnel drag queen spécialisé en santé sexuelle et que les patients préfèrent pour son ton non moralisateur; des programmes de réduction des méfaits en première ligne qui procurent des tests de dépistage des ITS et des fournitures directement dans les lieux de spectacle; ou encore des émissions grand public comme RuPaul’s Drag Race qui contribuent à normaliser la PrEP auprès d’un vaste public.
Tout cela a son importance au Canada, où la stigmatisation et les obstacles structurels entravent encore la diffusion de l’information sur la PrEP au VIH et son accessibilité. En adaptant les messages au moyen de l’art du drag, nous pouvons mettre l’accent sur la joie, l’humour et la fierté culturelle tout en diffusant de l’information précise concernant la santé et fondée sur des données probantes.
Le plan de Priss Cryption : aller-retour de la scène à la pharmacie
Voici comment je compte faire converger la pharmacie, la recherche et le spectacle pour favoriser le recours à la PrEP au VIH :
1. Soirées spéciales « PrEP & Play »
Établir des partenariats avec des cliniques, des groupes communautaires et des espaces fréquentés par les personnes queers, entre autres des boîtes de nuit, pour organiser des spectacles drag qui seront aussi des séances d’information sur la santé sexuelle, et durant lesquelles il sera possible de planifier des tests de dépistage du VIH et des ITS, l’instauration de la PrEP et une consultation axée sur la prévention des ITS.
2. Accompagnement par les pairs dans des espaces valorisants
Former des artistes de drag à devenir des ambassadeurs de la PrEP au VIH, capables de démystifier les divers schémas de la PrEP et, le cas échéant, de discuter des critères d’admissibilité et du suivi.
3. Un transfert de connaissances qui fait des étincelles
Il s’agit de transmettre de l’information et des conseils complexes sous forme de spectacles éducatifs et multimédias (courtes vidéos, résumés graphiques publiés dans les médias sociaux, questions-réponses en ligne et en personne) portant sur la PrEP au VIH et sur tout ce qui touche à la santé sexuelle. Priss Cryption proposera aussi bientôt des vidéos informatives amusantes sur les médicaments permettant de prévenir le VIH et les ITS, qui viendront compléter les fiches d’information qui accompagnent chaque nouvelle ordonnance.
4. Recherche et évaluation axées sur les communautés
Priss Cryption interviendra auprès des membres de la communauté et des organismes communautaires au moyen de diverses formes de recherche qui mettront l’art, la magie et les vertus thérapeutiques du drag au service de la sensibilisation, des connaissances, des politiques et des pratiques en matière de prévention du VIH et des ITS.
Collaborons à des activités de prévention du VIH menées par les communautés
Organismes communautaires, cliniques ou salles de spectacles : collaborons! Ensemble, nous pourrons organiser des présentations scientifiquement rigoureuses et culturellement réjouissantes, où on pourra rire d’un numéro de chant mimé et repartir avec un plan ou une ordonnance de PrEP au VIH en main.
La prévention du VIH est plus efficace lorsqu’elle est prise en charge par les communautés. L’art du drag ne sert pas seulement à divertir, il permet de mobiliser, d’informer et de responsabiliser. Parée de ses données probantes et de ses faux cils, Priss Cryption est là pour aider le Canada à parler de la PrEP sans détour et à nous rapprocher de notre objectif, qui est de vaincre l’épidémie de VIH.
Jaris Swidrovich (alias Priss Cryption) est professeur adjoint et responsable de la mobilisation des populations autochtones à la faculté de pharmacie Leslie Dan de l’Université de Toronto. Il est également le fondateur et le président de l’Indigenous Pharmacy Professionals of Canada et codirecteur scientifique de nātawihowin, un réseau de recherche constitué de membres des Premières Nations faisant partie du Saskatchewan Network Environment for Indigenous Health Research (SK-NEIHR), lui-même financé par les IRSC.
