Au-delà de l’hésitation vaccinale : les déterminants sociaux de la vaccination contre la COVID-19

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Les vaccins contre la COVID-19 sont de puissants instruments de la lutte contre la pandémie et ont été d’une importance capitale lors de la dernière vague. La vaccination réduit la probabilité de propagation et de maladie grave avec la COVID-19 en cas d’infection.

Malgré son approvisionnement relativement important en vaccins, le Canada a encore un long chemin à parcourir pour que chacun soit totalement protégé contre la maladie. Une grande partie de l’attention des médias s’est concentrée sur les « anti-vaccins » : des personnes qui, en général, s’opposent à la vaccination pour une raison idéologique. Bien qu’omniprésents, ils ne constituent pourtant qu’une faible proportion des personnes non vaccinées. Les nombreux facteurs qui paralysent la vaccination contre la COVID-19 sont plus complexes. On notera, des difficultés d’accès, un manque d’informations adaptées et ciblées, ainsi que des inégalités et des injustices de longue date qui nécessitent des changements profonds et significatifs pour y remédier.

Ces défis sont plus prononcés dans les communautés de personnes également touchées par le VIH et l’hépatite C, et ce n’est pas une coïncidence. Ayant déjà été confrontés à des défis similaires, ces personnes et leurs prestataires de services se sont empressés de combler les écarts en matière de prise vaccinale dans nos communautés, en défendant l’accès au vaccin et pour assurer la protection des plus vulnérables d’entre nous.

Écarts en matière d’adoption du vaccin contre la COVID-19

De manière générale, trois raisons expliquent les lacunes en matière de vaccination : l’accès, la défiance quant aux vaccins ou son acceptation et les informations sur la vaccination contre la COVID-19. Ces raisons sont sous-tendues par des facteurs complexes liés aux réalités sociales, géographiques, politiques et économiques. Il n’y a pas de raison unique de ne pas se faire vacciner, et il n’y a pas non plus de solution unique.

Le manque d’accès aux vaccins continue d’empêcher la population de se faire vacciner. Il est souvent lié à des obstacles sociostructurels, tels que l’accès et la facilité d’utilisation de la technologie, les obstacles géographiques, l’emploi (qui permet de prendre des congés de maladie rémunérés et pour les rendez-vous), ainsi que les préoccupations concernant les effets secondaires à court terme et temporaires.

Au pays, de nombreux rendez-vous se prennent en ligne, ce qui pose un problème aux personnes ayant de faibles connaissances en informatique ou à celles qui n’ont pas accès à Internet ou aux dispositifs permettant d’y accéder. Les alternatives aux rendez-vous en ligne ont connu de nombreuses difficultés. Certaines personnes ont aussi dû s’éloigner de leur domicile ou de leur lieu de travail et faire la queue pendant longtemps pour se faire vacciner. Cette situation peut être difficile pour beaucoup, mais elle peut être ressentie de manière disproportionnée par les personnes racisées et autochtones qui vivent dans des régions où les infrastructures de transport ou les services de santé de proximité sont inappropriés. Les congés payés ne sont pas toujours systématiquement offerts, en particulier aux personnes travaillant dans des services essentiels sous-payés dont le personnel se compose de membres des communautés de PANDC (personnes autochtones, noires et de couleur). Les personnes en situation de logement précaire se heurtent également à des obstacles, comme pour se rendre dans une clinique de vaccination pour obtenir leur deuxième dose.

Des lacunes existent en ce qui concerne la compréhension et la diffusion d’informations sur les vaccins. Les gens ont du mal à suivre l’évolution rapide de la science concernant leur efficacité et leur innocuité. Bien que les personnes non-vaccinées constituent la majorité des cas de COVID-19 et que les hospitalisations et les décès surviennent majoritairement au sein de cette population, la vaccination préoccupe encore certaines personnes. Il est difficile d’évaluer correctement le risque perçu des effets secondaires rares liés à la vaccination par rapport au risque réel de la COVID-19, en particulier lorsque les médias se concentrent plus sur les incidents rares que sur les plus courants. Les informations sur les vaccins, telles que la description des bienfaits ou la déconstruction des mythes, doivent être communiquées de manière pertinente et sensée, mais elles doivent aussi aborder les préoccupations réelles du public.

L’origine de la défiance quant aux vaccins, en particulier dans les communautés de PANDC, peut être enracinée dans des expériences de négligence médicale et institutionnelle de longue date et actuelles, d’abus et de fautes professionnelles. Les antécédents vécus de privation des droits des membres des communautés de PANDC en général sont également à l’origine d’un profond malaise à l’égard des directives et des messages des autorités gouvernementales, y compris des autorités sanitaires.

L’amélioration de la réceptivité vaccinale demeure un moyen clé permettant d’encourager la vaccination partout au Canada, mais cela nécessite un investissement important pour établir des relations et rétablir la confiance avec les communautés. Souvenons-nous que les gens ont de bonnes raisons de se méfier des mesures adoptées au cours des siècles par le gouvernement qui portent sur leur santé et leur bien-être. Ce travail de réparation prendra du temps.

Les communautés s’affairent à combler ces écarts

Partout au Canada, nous avons été témoins d’innovations incroyables pour combler ces lacunes. Les communautés et les organismes communautaires se sont mobilisés pour soutenir les gens en défendant leurs intérêts, en repensant les programmes et les services directs, tout en faisant face à des ressources limitées et à d’importantes restrictions dans le domaine de la santé publique.

Tout au long de la pandémie, les programmes de lutte contre le VIH, l’hépatite C et les programmes de réduction des méfaits ont tiré parti de leur capacité existante pour garantir l’accès aux vaccins contre la COVID-19. Les modèles à guichet unique, par exemple, où les prestataires de services combinent la vaccination contre la COVID-19, le dépistage de l’hépatite C, le soutien au logement, l’établissement et d’autres services, ont aidé à impliquer les communautés marginalisées qui peuvent naturellement accorder la priorité aux besoins de base par rapport à la vaccination. Certains organismes qui offraient auparavant des services de santé cliniques mobiles parallèlement à des programmes de réduction des méfaits ont rapidement intégré la vaccination contre la COVID-19, y compris en offrant des informations et des approches personnalisées pour que les clients de passage puissent recevoir les deux doses. D’autres ont créé de nouveaux partenariats avec des professionnel·le·s de la santé et des centres de santé pour apporter les vaccins à leurs usager·ère·s. Beaucoup ont plaidé en faveur d’un changement structurel et systémique dans la distribution des vaccins afin d’améliorer l’accès des communautés les plus durement touchées.

Pour de nombreuses communautés touchées par le VIH et l’hépatite C, les messages standard des autorités de santé publique ne répondaient pas adéquatement à leurs préoccupations ou ne les touchaient pas du tout, en particulier en raison de l’évolution rapide des informations scientifiques. Pour combler cette lacune, les organisations communautaires ont pris l’initiative d’élaborer et de diffuser des messages pertinents et utiles sur la COVID-19 auprès des personnes au service de qui elles sont. Ces initiatives supposaient d’instiller des conversations sur les infections, les maladies, les médicaments et la vaccination dans l’idée de ce que les membres de la communauté se faisaient de la protection de soi et des autres.

Améliorer la réceptivité vaccinale des membres des communautés historiquement privées de leurs droits par les systèmes de santé peut être un processus long et lent qui a des conséquences désastreuses lors d’une pandémie qui évolue rapidement, comme la COVID-19. Mais comme certains l’ont expliqué, les soins de santé progressent à la même vitesse que la confiance. L’amélioration de la réceptivité vaccinale — et donc de son acceptation — nécessite l’adoption de mesures plus importantes pour améliorer l’équité en matière de santé. Mobiliser les dirigeants communautaires qui s’expriment aisément et effectivement sur la vaccination et conseiller les établissements de santé et de santé publique sur les stratégies pour impliquer certaines communautés sont deux éléments essentiels pour renforcer la confiance. La mise à disposition des communautés d’un espace et de ressources pour qu’elles puissent élaborer des programmes qu’elles dirigeront elles-mêmes est un autre élément primordial.

Et ensuite?

Le déploiement des vaccins se poursuit dans tout le pays et de nouvelles stratégies, comme l’obligation de vaccination, sont mises en œuvre pour pousser la population à franchir le pas.

La COVID-19 a mis au jour du grand public les profondes injustices subies par les communautés marginalisées. Elle a confirmé ce que nous nous savions déjà de par nos efforts constants visant à lutter contre le VIH, l’hépatite C et les surdoses : les communautés racisées, autochtones et les autres communautés marginalisées sont souvent exclues des approches traditionnelles pour affronter les crises sanitaires.

Cela perturbe beaucoup de monde, et il y a un sentiment croissant de colère, en particulier à cause du manque de soutien systémique pour remédier aux inégalités croissantes. Le déploiement de la vaccination, comme toutes les ripostes à une pandémie, doit être planifié et exécuté en accordant une attention explicite à la promotion de l’équité en matière de santé.

C’est une leçon que nous ne pouvons pas nous permettre d’ignorer : le rôle de l’équité en matière de santé ne peut plus être une réflexion a posteriori dans la politique, l’allocation ou la distribution des ressources, car la COVID-19 n’est pas la dernière pandémie à laquelle nous serons confrontés. Comme les épidémiologistes et les virologues l’ont annoncé, la menace de pandémies à venir plane sur nous. Alors que nous répondons à la COVID-19, les crises actuelles provoquées par le VIH, l’hépatite C et l’épidémie de surdoses nous rappellent froidement que le statu quo doit changer. Nous ne pouvons plus tolérer les inégalités qui imprègnent actuellement toutes les couches de la société et qui définissent les résultats de santé pour les plus vulnérables.

 

Shriya Hari est basée à Toronto, en Ontario, où elle travaille en tant que spécialiste de l’information et coordonnatrice de l’éducation COVID-19 à CATIE. Shriya apprécie profondément la recherche menée par la communauté. Ses principaux domaines d’intérêt comprennent la santé sexuelle, le VIH/sida, l’hépatite C, les maladies transmissibles et les maladies chroniques. Pendant son temps libre, elle écrit de la poésie et commence un balado sur la santé publique, en plus de dessiner et d’écrire un roman fantastique.

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