De la recherche à l’action : informations sur la santé sexuelle conçues pour les jeunes nouveaux·elles arrivant·e·s
Les jeunes nouvellement arrivé·e·s au Canada doivent s’adapter à bien plus qu’un nouveau système scolaire ou une nouvelle langue. Il leur faut aussi comprendre des systèmes de santé et des normes sociales qui leur étaient inconnus, et s’y adapter, ainsi qu’à de nouvelles attentes concernant les relations et la santé sexuelle. Trop souvent, ce parcours est marqué par l’incertitude, le silence et le manque d’accès à des informations dignes de confiance.
C’est pourquoi le Conseil d’information et d’éducation sexuelles du Canada (CIÉSCAN) mène le Projet de prévention des ITSS et de promotion de la santé sexuelle destiné aux jeunes nouveaux·elles arrivant·e·s, financé par l’Agence de la santé publique du Canada au moyen du Fonds d’initiatives communautaires en matière de VIH et d’hépatite C. Dans le cadre de ce projet, le CIÉSCAN a collaboré avec des partenaires communautaires pour organiser des groupes de discussion avec des jeunes nouvellement arrivé·e·s et des organismes qui travaillent avec les jeunes. Il a également réalisé une enquête pancanadienne auprès des jeunes afin d’éclairer l’élaboration de ressources sur la santé sexuelle et génésique.
Misant sur les points de vue et les expériences des jeunes, ce projet vise à soutenir les jeunes nouveaux·elles arrivant·e·s en leur fournissant des informations sur la santé sexuelle qui soient fiables et adaptées à leur culture, et qui favorisent leur bien-être, leur autonomie et leur capacité à prendre des décisions éclairées.
Quels sont les besoins des jeunes nouveaux·elles arrivant·e·s?
L’enquête nationale et les discussions menées par le CIÉSCAN ont mis en relief les éléments suivants dont les jeunes nouveaux·elles arrivant·e·s ont besoin :
- Des informations faciles à comprendre et précises concernant la santé sexuelle, notamment sur les moyens d’avoir des pratiques sexuelles plus sécuritaires, l’utilisation de contraceptifs, les relations saines et le consentement.
- Des conseils clairs sur les lieux et les modalités d’accès aux services, notamment en lien avec la contraception ainsi que le dépistage, la prévention et le traitement des infections transmissibles sexuellement (ITS).
- Une éducation adaptée à la culture et respectueuse de leur identité, de leurs valeurs et de leurs expériences vécues.
- Des espaces sûrs et exempts de jugements, où poser des questions sans crainte de stigmatisation, de honte ou de problèmes de confidentialité.
Lorsque ces besoins ne sont pas satisfaits, les jeunes sont plus susceptibles de retarder leur recours aux soins, de se fier à des informations erronées sans le savoir (mésinformation) ou de se sentir isolé·e·s en se débrouillant sans soutien pour leur santé sexuelle. Pour nombre de jeunes nouveaux·elles arrivant·e·s au Canada, ces obstacles déterminants traduisent la difficulté à s’adapter à un pays différent, ce qui a une incidence sur leur santé sexuelle et leur bien-être général.
De quoi ont besoin les prestataires de services pour aborder la santé sexuelle des jeunes nouveaux·elles arrivant·e·s?
Lors de nos consultations à travers le Canada, les prestataires de services (p. ex. éducateur·trice·s, prestataires de soins de santé et agent·e·s d’intégration) ont exprimé leur volonté de mieux soutenir les jeunes nouveaux·elles arrivant·e·s. Bon nombre ont cependant indiqué avoir besoin de plus d’outils, de formations et de ressources pour être efficaces.
Les prestataires de services ont systématiquement indiqué avoir besoin de :
- Conseils pour amorcer des conversations sur des sujets délicats liés à la santé sexuelle
- Outils basés sur des scénarios qui reflètent les expériences réelles des jeunes nouveaux·elles arrivant·e·s
- Ressources sur la santé sexuelle multilingues, culturellement adaptées et conviviales pour les jeunes
- Formation sur la sécurisation culturelle, les approches tenant compte des traumatismes et les soins inclusifs
Les prestataires ont beau être dévoué·e·s, ils/elles indiquent que nos systèmes sont encore en cours d’évolution pour répondre aux besoins d’une population jeune de plus en plus diverse. En l’absence des soutiens susmentionnés, les prestataires ont du mal à répondre aux besoins des jeunes nouveaux·elles arrivant·e·s, ce qui accroît les obstacles à l’accès à l’information sur la santé sexuelle au lieu de les éliminer.
Pourquoi les enjeux sont-ils si importants?
Lorsqu’on fournit aux jeunes nouvellement arrivé·e·s des informations sur la santé sexuelle qui sont exactes, dignes de confiance et adaptées à leur culture et à leurs besoins, on leur procure beaucoup plus que des connaissances. Grâce à des apprentissages sur des sujets comme l’anatomie, les relations, le consentement, la contraception et les ITS, les jeunes ont la possibilité de développer une plus grande confiance en leur corps, d’apprendre à établir des limites et de renforcer leurs compétences de communication et de relations interpersonnelles.
Une éducation adaptée en matière de santé sexuelle peut changer des vies lorsqu’elle est dispensée dans un milieu sûr, sensible à la culture et fondé sur la confiance. Un cadre inclusif, intimiste et digne de confiance permet aux jeunes nouveaux·elles arrivant·e·s de poser des questions, de ne pas avoir peur de recourir à des soins, de se sentir respecté·e·s et de prendre des décisions éclairées pour leur santé et leur bien-être sexuels.
Comment le CIÉSCAN comble-t-il les lacunes?
Le travail du CIÉSCAN vise à mettre l’accent sur les points de vue des jeunes, à collaborer avec les organismes de la communauté et à appliquer des pratiques fondées sur des données probantes pour s’assurer que l’éducation sur la santé sexuelle au Canada réponde aux besoins des jeunes. Nous cherchons à créer des ressources éducatives en matière de santé sexuelle qui soient adaptées à la culture et qui tiennent compte des traumatismes afin de soutenir les prestataires de services qui travaillent directement avec les jeunes.
Le CIÉSCAN a récemment publié de nouvelles ressources pour la promotion de la santé sexuelle spécialement conçues pour les jeunes nouveaux·elles arrivant·e·s. Ces ressources sont basées sur les besoins identifiés dans le cadre de notre étude de recherche auprès des jeunes nouveaux·elles arrivant·e·s ainsi que de consultations avec des professionnel·le·s qui les accompagnent (p. ex. organismes d’aide à l’intégration, prestataires de soins de santé et organismes jeunesse). Il s’agit de :
- Deux infographies, sur les besoins d’information sur la santé sexuelle et sur les obstacles à l’accès, qui mettent à profit les informations issues de notre enquête pancanadienne auprès de 955 nouveaux·elles arrivant·e·s
- Deux feuillets d’information sur le dépistage des ITS et sur leur prévention, faciles à lire et éclairés par les plus récentes pratiques fondées sur des données
- Des versions dans plusieurs langues au-delà du français et de l’anglais, notamment en chinois, en espagnol et en punjabi, pour mieux joindre les communautés linguistiques et culturelles
De plus, le CIÉSCAN prépare des outils pédagogiques misant sur des scénarios adaptés aux jeunes et culturellement pertinents pour offrir aux prestataires de services des stratégies permettant de fournir aux nouveaux·elles arrivant·e·s des informations sur la santé sexuelle de manière respectueuse, inclusive et efficace.
L’accès à des informations et services en matière de santé sexuelle est un droit fondamental de tou·te·s les jeunes, quels que soient leur parcours et leur origine. Lorsque les jeunes nouveaux·elles arrivant·e·s ont accès à des informations sur la santé sexuelle adaptées à leurs besoins individuels, qui les aident à être en possession de leurs moyens et à se sentir soutenu·e·s dans leurs décisions en matière de sexualité et de reproduction, ils/elles peuvent s’épanouir, au lieu de simplement survivre.
Ada Madubueze est titulaire d’un diplôme d’études supérieures en épidémiologie avec spécialisation en recherche sur la santé périnatale, sexuelle et génésique. Elle supervise les projets du CIÉSCAN pour la prévention de la violence fondée sur le genre et pour la promotion de la santé sexuelle des jeunes nouveaux·elles arrivant·e·s.
Arlette Ibrahim est titulaire d’un diplôme d’études supérieures en santé publique avec spécialisation en santé mondiale, en particulier dans la gestion de l’hygiène menstruelle. Elle participe aux projets du CIÉSCAN pour les jeunes nouveaux·elles arrivant·e·s au Canada ainsi que pour l’élaboration et la mise en œuvre d’une éducation efficace en matière de santé sexuelle.
