Éliminer l’hépatite C parmi les immigrants et nouveaux arrivants au Canada : comment le modèle directeur de CanHepC va influer sur mon travail

Par Fozia Tanveer

Le Réseau canadien sur l’hépatite C (CanHepC) dirige un effort national pour établir un modèle directeur consensuel afin d’atteindre les cibles de l’Organisation mondiale de la Santé consistant à éliminer l’hépatite C d’ici 2030. Le modèle directeur vise à guider les divers intervenants à l’aide d’objectifs spécifiques et mesurables touchant les actions nécessaires pour répondre à l’hépatite C dans divers contextes au Canada. Je suis ravie que la version préliminaire paraisse cet automne, car mon travail en bénéficiera grandement.

Je travaille dans le domaine de l’éducation, de la sensibilisation et de l’échange de connaissances sur l’hépatite C auprès d’immigrants et de nouveaux arrivants en Ontario, depuis plus de cinq ans. Mon implication professionnelle dans le domaine de l’hépatite C au Canada a commencé peu de temps après mon arrivée au Canada, du Pakistan (un pays à forte prévalence d’hépatite C). Je me réjouis que les immigrants et nouveaux arrivants au Canada soient inclus dans les efforts futurs d’élimination de l’hépatite C. Nous devons nous assurer de répondre aux besoins de cette population prioritaire à toutes les étapes de la cascade des soins.

Les immigrants et les nouveaux arrivants sont souvent laissés de côté dans les efforts nationaux en matière d’hépatite C

Les immigrants et nouveaux arrivants sont une sous-population importante et souvent cachée, dans l’épidémie d’hépatite C du Canada. Comme on ne reconnaît pas suffisamment qu’ils forment une population prioritaire à risque pour l’hépatite C, ils sont souvent laissés pour compte dans la planification et les débats provinciaux et nationaux.

La population d’immigrants au Canada est importante et continuera de croître : d’après  le Recensement de 2016, un Canadien sur cinq est né dans un autre pays; en Ontario uniquement, près de 30 % de la population est née à l’étranger. Les pays d’origine de la majorité des immigrants au Canada sont la Chine, l’Inde, le Pakistan et les Philippines, qui ont tous un nombre élevé de personnes vivant avec l’hépatite C.

Bon nombre de données épidémiologiques indiquent que les immigrants au Canada sont affectés de façon disproportionnée par l’hépatite C. Selon des données de l’Agence de la santé publique du Canada, les immigrants et nouveaux arrivants constituaient 35 % du nombre total d’infections présentes ou passées au Canada, et la prévalence de l’hépatite C parmi les immigrants au pays est environ deux fois plus élevée que le taux national général.

Les immigrants et nouveaux arrivants ont besoin d’un accès au traitement de l’hépatite C en milieu communautaire

Bien que la majorité des régimes publics d’assurance médicaments du Canada aient assoupli leurs critères d’admissibilité aux traitements de l’hépatite C, il reste beaucoup à faire pour élargir la mise à l’échelle et l’accès aux nouveaux traitements par antiviraux à action directe (AAD). Il est fortement recommandé d’intégrer le traitement de l’hépatite C en milieu communautaire pluridisciplinaire, pour les immigrants et nouveaux arrivants. Le modèle basé sur les spécialistes échoue à offrir les services intégrés dont ceux-ci ont besoin. Il leur faut du soutien psychosocial, par exemple en santé mentale et en matière de logement, afin d’être fidèles au traitement et de composer avec le stress lié à l’immigration et à l’établissement. Ceci peut inclure des services d’interprétation en milieu communautaire et dans d’autres points de service.

Regard vers l’avenir : le travail à accomplir

Le modèle directeur de CanHepC apporte beaucoup d’espoir et d’optimisme aux personnes qui travaillent en hépatite C auprès des immigrants et nouveaux arrivants. Lorsque ce modèle directeur sera publié, les gouvernements provinciaux et territoriaux devront intensifier leurs efforts et développer leurs propres plans d’élimination.

Nous aurons besoin de plans sur mesure et spécifiques aux populations, concentrés sur le dépistage et l’arrimage aux soins, qui amélioreront l’accessibilité des soins pour les immigrants et nouveaux arrivants. Inclure des services d’information sur l’hépatite C et d’aiguillage en la matière, dans les procédures standard d’examen primaire de la santé des nouveaux arrivants, sera une première étape également. À l’heure actuelle, il n’existe pas de tel processus standard. Il est difficile de s’attendre à ce que tous les nouveaux arrivants ayant besoin d’un dépistage, de traitements et d’arrimage aux soins pour l’hépatite C soient triés par les processus actuels.

Il y a par ailleurs une somme importante de travail à faire pour éduquer les praticiens du domaine de la santé : nous devons rehausser les connaissances et la sensibilisation des intervenants de première ligne et des fournisseurs de soins de santé primaire, en ce qui concerne la prévalence de l’hépatite C parmi les immigrants et les nouveaux arrivants au Canada, de sorte que le dépistage et le traitement précoces deviennent réalité dans cette population.

Le contexte général de mon travail s’est radicalement transformé, depuis quelques années. Les AAD très efficaces, la levée des critères qui restreignaient l’accès aux traitements, de même que la publication prochaine d’un modèle directeur national, suscitent un vif enthousiasme.

L’élimination est à notre portée, mais à condition que nous adoptions un point de mire clair sur la santé des immigrants et des nouveaux arrivants et que nous appliquions une approche adaptée.

 

Fozia Tanveer est gestionnaire des programmes de santé communautaire liés à l’hépatite C destinés aux immigrants et nouveaux arrivants chez CATIE. Elle détient une maîtrise en études développementales de la School of Oriental and African Studies de l’Université de Londres.

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