Le site d’injection supervisée de l’organisme montréalais Dopamine : bientôt un an déjà

Par Yanick Paradis

Depuis plus de 10 ans que nous attendions ce moment : les sites d’injection supervisée (SIS) sont arrivés! Nous y voilà rendus! Ça fait bientôt un an que nous sommes ouverts. Mise en contexte : les SIS sont un projet régional qui est chapeauté par plusieurs structures. Quatre organismes communautaires, dont Dopamine, et le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal sont dans le coup et assurent les ressources humaines nécessaires pour mettre en place un tel service. Ceci dit, Dopamine est un organisme en réduction des méfaits qui travaille en prévention VIH, VHC et autres ITSS dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve à Montréal depuis plus de 24 ans. Dopamine écoute, réfère et accompagne les gens au travers de leurs demandes. Les valeurs de l’organisme sont l’humanisme, la solidarité et la proximité. Le SIS offre une complémentarité à l’offre de service de soir, de 20 h à 1 h du matin, 7 jours sur 7.

Les intervenant.es, pair.es et infirmier.es assurent un travail multidisciplinaire auprès de la communauté qui utilise les services du site d’injection supervisée. Cela permet aux utilisateurs et utilisatrices, s’ils et elles le désirent, de (re)prendre contact avec des professionnel.les de la santé et, par le fait même, de (re)prendre confiance envers le système de la santé. L’équipe qui est témoin des rituels d’injection trouve que c’est un privilège de les accompagner dans ce geste intime soir après soir. Cela nous permet d’aborder des sujets plus sensibles avec ces personnes, comme les techniques d’injection, la prévention des surdoses, le dépistage et le traitement VIH/VHC, etc. Comme nous sommes présent.es lors de surdoses et/ou de malaises, nous pouvons agir rapidement et efficacement. Des rencontres multidisciplinaires entre l’équipe d’intervention et l’équipe d’infirmier.es sont prévues aux six semaines. Elles nous permettent d’approfondir nos stratégies d’intervention et améliorent grandement la cohésion d’équipe.

La présence constante d’une équipe multidisciplinaire est nécessaire pour développer un lien de confiance et assurer un service personnalisé auprès des personnes qui utilisent des drogues. L’expertise et le savoir-faire de chaque membre de l’équipe sont primordiaux.

Mais, somme toute, nous restons un bébé SIS. Beaucoup de choses restent à améliorer. Il faut adapter le mieux possible nos services aux personnes qui les fréquentent. Il faut maintenant déposer la demande de renouvellement de l’exemption à Santé Canada. Plusieurs protocoles devraient être simplifiés. Il faut permettre aux gens de séparer leurs doses entre eux; je ne vous apprends rien : les gens achètent parfois leur substance ensemble puis la séparent, ce qui est couramment appelé un « split dose ». Il faut distinguer le  « split dose » du trafic de drogues. Pour le moment, le protocole oblige les usagers à séparer leur substance à l’extérieur des locaux. Nous ne pouvons pas reculer en matière de prévention et mettre les utilisateurs en danger. Par ailleurs, la nouvelle exemption permettra l’injection assistée par un tiers. Plusieurs personnes se font injecter par leurs conjoint.es et/ou ami.es, que ce soit dans le cadre de leur rituel ou à cause d’un handicap. Il faut permettre à ces gens de le faire dans les SIS et ne pas les exclure de nos services et de nos messages de prévention. La future exemption autorisera aussi l’analyse des substances qui permet aux personnes utilisant les services de savoir précisément quels produits psychoactifs se trouvent dans leur drogue (pour l’instant, seul le fentanyl peut être détecté). Le SIS est l’endroit idéal pour promouvoir cet outil qui est indispensable en prévention des surdoses.

Laissez-moi parler de mes rêves : avoir une salle de consommation en complémentarité avec les SIS. Celle-ci pourra inclure l’inhalation et le prisage de substances. J’aimerais qu’on simplifie l’accès aux services de traitement de la dépendance aux opioïdes afin qu’ils soient accessibles par le biais de l’organisme même. Et tant qu’à y être, il pourrait y avoir un accès aux traitements VIH et VHC. Je suis très conscient qu’il reste beaucoup de travail à faire, notamment en ce qui concerne le sentiment d’appartenance aux SIS, chez les personnes qui fréquentent nos services.

En conclusion, le site d’injection supervisée est un atout majeur de notre offre de service et il est une réponse immédiate aux préventions des surdoses. L’arrimage de la culture médicale et de la culture communautaire se travaille au quotidien pour accueillir adéquatement les personnes qui utilisent les SIS. Tel que dit plus haut, les compétences de chacun sont indispensables – et ceci inclut évidemment les personnes qui fréquentent les SIS, car elles sont les mieux placées pour savoir ce dont elles ont besoin.

 

Yanick Paradis est le coordonnateur clinique de Dopamine. Il assure le bon fonctionnement des services de l’organisme et supervise l’équipe d’intervention. Il a fait du travail de rue pendant 11 ans dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve. Il s’est impliqué dans l’Association des travailleuses et travailleurs de rue du Québec (ATTRueQ). 

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