RÉZO : vingt cinq ans d’action dans la communauté gaie à Montréal

par Gabriel Girard

Gabriel-Girard-690x447En 2016, l’organisme communautaire montréalais RÉZO a fêté ses 25 ans d’engagement pour la santé et le bien-être des gais. Trois choses à savoir sur cet organisme unique au Québec.

  1. De Séro-Zéro à RÉZO

Le saviez-vous? L’organisme ne s’est pas toujours appelé RÉZO. Créé en 1991, le groupe s’appelait au départ Séro-Zéro. Il s’agissait alors d’un comité d’intervenants et de militants impliqués dans la prévention en milieu gai. Séro-Zéro a été très actif dès l’origine : interventions dans les bars et les saunas du Village, dans les parcs et lieux de rencontre extérieurs, groupes de soutien ou présence aux défilés de la Fierté. La philosophie de l’organisme, c’est l’action « par et pour » la communauté gaie, en défendant une approche positive de la sexualité et de la prévention. Dans les années 2000, les priorités de l’organisme évoluent avec le contexte : les trithérapies, depuis 1996, mais aussi la meilleure reconnaissance sociale de l’homosexualité au Québec. S’inspirant de l’exemple de nombreux organismes à travers le monde, l’organisme se tourne vers une approche plus globale de santé gaie. En 2009, Séro-Zéro change de nom et devient « RÉZO – Santé et mieux-être des hommes gais et bisexuels », pour symboliser ce nouveau mandat.

  1. Recherche

RÉZO est porteur d’une longue histoire d’intervention communautaire en santé sexuelle. Mais on ignore souvent que l’organisme a été l’un des pionniers de la recherche communautaire VIH au Québec. Dès 1995, Séro-Zéro s’allie avec des chercheurs de l’UQAM pour réaliser une évaluation de ses actions dans les saunas (1996), puis dans les parcs (1998). À la même époque, le milieu communautaire s’inquiète de la baisse de l’utilisation du condom. Séro-Zéro devient alors un partenaire clé du projet de recherche OMÉGA piloté par Joanne Otis de l’UQAM. Il s’agit d’une cohorte pour les hommes séronégatifs, incluant un suivi régulier, l’accès au dépistage et au counseling (1997–2003). Par la suite, RÉZO s’implique activement dans les recherches sur les nouvelles stratégies de prévention, comme le dépistage rapide du VIH (projet SPOT, 2009-2016), la prophylaxie pré-exposition (IPERGAY, 2012–2016), et bien sûr le projet MOBILISE! (depuis 2014). Ce rapide survol ne donne qu’un aperçu partiel des liens forts que RÉZO a tissés avec le milieu de la recherche. L’organisme y fait valoir son expertise de terrain et sa connaissance de la communauté.

  1. Les nouveaux défis de la santé gaie

En 25 ans d’existence, RÉZO a accompagné les évolutions en termes de lutte contre le VIH et de santé des hommes gais. Les acquis sont nombreux : les droits pour les couples de même sexe, le plan québécois de lutte à l’homophobie, l’accès au dépistage rapide ou à la PrEP, etc. Mais les défis sont importants, dans un contexte où les gais demeurent très touchés par le VIH :

  • la prévention du VIH est de plus en plus médicalisée, ce qui la rend moins évidente pour certains hommes gais. Comment accompagner la communauté dans l’appropriation de ces nouveaux outils?
  • les gars trans, gais et bisexuels, revendiquent aujourd’hui toute leur place dans la communauté. Pour un organisme comme RÉZO, la prise en compte de ces réalités demande une approche proactive, fondée sur la formation, la sensibilisation et l’inclusion. Ce travail est en cours à RÉZO!
  • Enfin, la question de la mobilisation communautaire est très importante pour l’avenir. Pour tous les organismes de santé gaie, c’est un défi complexe. Il en va de leur capacité à se renouveler, mais aussi à maintenir la flamme d’un engagement communautaire autour de la santé gaie. Le projet MOBILISE! offrira sans aucun doute des pistes de réponses à ces enjeux.

Pour ses 25 ans, RÉZO a voulu mettre en avant les liens entre les générations militantes, mais aussi le visage d’une direction renouvelée. L’avenir de l’organisme viendra aussi de sa capacité à se réinventer!

 

Gabriel Girard est un homme gai et séronégatif. Il est sociologue, en post-doctorat rattaché à l’Institut de recherche en santé publique de l’Université de Montréal et à la clinique médicale l’Actuel. Gabriel s’intéresse aux politiques du risque, et en particulier aux questions liées à la santé LGBT et à la prévention du VIH. Il a également une longue expérience militante, dans le milieu communautaire. Il vit à Montréal et anime un site sur tous ces sujets : www.gabriel-girard.net

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