Comment s’assurer que les actions de sécurité publique ne contreviennent pas à la mise en place de stratégies de réduction des méfaits ?

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La transmission du VIH et du VHC constitue encore aujourd’hui un problème de santé publique de première importance.  Certains comportements, comme l’usage de drogues par injection et par inhalation, entraînent des risques importants de transmission. En effet, selon les données de surveillance [i], 15 % des personnes qui vont dans les centres d’accès au matériel d’injection et d’inhalation sont infectées au VIH et 63 % au VHC.

Perspective de santé publique

Pour composer avec ce problème, la santé publique favorise la création d’environnement sain et de comportements sécuritaires et préconise une approche de réduction des méfaits. Pour éviter que les personnes qui risquent d’être en contact avec du matériel contaminé soient infectées, cette approche pragmatique et humaniste encourage prioritairement l’accès et la récupération sécuritaire du matériel de consommation : seringues, aiguilles, eau, contenants de dilution et chauffage, tubes, etc. Au Québec, différents milieux, comme les pharmacies et certaines institutions de santé et de services sociaux, offrent et récupèrent le matériel d’injection et d’inhalation. Dans les grands centres urbains comme Montréal et Québec, ce service est aussi offert par l’entremise de travailleurs de proximité qui vont au-devant des personnes qui ne fréquentent pas les centres d’accès au matériel d’injection et d’inhalation.

Perspective de sécurité publique

D’un point de vue de sécurité publique, l’usage de drogues est associé à différents méfaits publics ou manquements vis-à-vis des lois ou des règlements. Soulignons également que l’intoxication amène certains comportements moins prévisibles avec lesquels les policiers doivent composer, bien qu’ils ne possèdent pas toutes les habiletés et les compétences requises. Par souci de faire respecter les lois, certains gestes posés par les policiers peuvent compromettre la mise en place d’interventions reconnues efficaces sur le plan de la santé publique et, par le fait même, nuire aux personnes qui font usage de drogues et à la communauté.

Quelques stratégies visant à favoriser la collaboration

La mise en œuvre de stratégies de réduction des méfaits et l’application des lois ne vont pas toujours de pair. Différentes initiatives soutiennent, depuis quelques années, la mise en place d’actions intersectorielles. À titre d’exemple, l’INSPQ a produit un rapport sur les stratégies favorables à la collaboration dans le contexte québécois.

L’Association des intervenants en dépendances du Québec (AIDQ) a pour sa part instauré des activités pour favoriser une meilleure collaboration.  Elle a organisé en 2015 une journée nationale en réduction des méfaits sur le thème «  Vers une meilleure cohérence entre les secteurs santé et sécurité publique en réduction des méfaits liés aux drogues » qui a permis à près de 200 intervenants issus des deux secteurs de mettre en commun leurs problèmes et les  solutions possibles. Certains de ces acteurs ont par la suite participé à la conception de six capsules vidéo [ii] sur cette même thématique, afin de susciter le rapprochement entre les consommateurs, les policiers et les intervenants.

Dans un contexte où l’un des obstacles majeurs repose sur les deux perspectives qui peuvent paraître incompatibles il semble crucial d’utiliser, dans un but de rapprochement, différentes stratégies et de favoriser les moments d’échanges entre les acteurs de Santé publique et de sécurité.  Ces stratégies favoriseront une plus grande cohérence et diminueront les risques que les efforts des uns entravent les actions des autres. Il demeure essentiel que les consommateurs puissent continuer d’avoir accès à du matériel d’injection par l’entremise de sites de distribution et de travailleur de proximité.  Ces services, en plus de réduire les risques de transmission du VIH et du VHC, favorisent la rencontre des consommateurs de drogues, dont plusieurs sont isolés et ont peu d’accès aux soins de santé mentale ou physique et aux services psychosociaux dont ils ont besoin.

Consultez également le billet Comment la collaboration entre les acteurs de la santé publique et de la sécurité publique peuvent-elles briser l’isolement et favoriser l’accès à de l’aide psychosociale chez les personnes qui consomment par injection et inhalation?, rédigé par la même auteure et publié dans le blogue de l’AIDQ.

Anik Tremblay est la conseillère-cadre aux Affaires cliniques, à l’Association des intervenants en dépendance du Québec (AIDQ). Bachelière en psychologie et détentrice d’une maîtrise en travail social, Anik a été intervenante auprès de consommateurs de drogues durant près de 20 ans.  Elle a par la suite contribué à la mise en place des services de première ligne en dépendance au Québec, menant entre autres à l’implantation des services d’accès au matériel d’injection par les infirmières et les travailleurs sociaux.

[i] Noël L. Partenariat entre les services de police et les programmes d’échange de seringues : les enjeux de l’action intersectorielle – Synthèse. Institut national de santé publique du Québec. 2013.

[ii] Association des intervenants en dépendance du Québec. Vidéo Vers une meilleure cohérence des interventions en matière de santé et de sécurité publiques auprès des personnes utilisatrices de drogues par injection. 2016.

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