Le sexe, la consommation de drogues et la réduction des méfaits chez les gais : Il est temps d’agir

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On pourrait considérer la réduction des méfaits et la prévention du VIH chez les hommes gais comme deux éléments historiques de notre réponse au VIH qui existent indépendamment l’un de l’autre depuis longtemps. Traditionnellement, la prévention du VIH chez les hommes gais mettait l’accent sur les risques sexuels, alors que la réduction des méfaits se concentrait sur les risques associés à la consommation de drogues injectables. Les deux approches ont évolué au fil des décennies, et certaines personnes pourraient soutenir que les pratiques sexuelles plus sécuritaires sont une forme de réduction des méfaits. Toutefois, en ce qui concerne la consommation de drogues, peu d’attention a été accordée à la réduction des méfaits dans le contexte de la santé sexuelle des hommes gais.

Toutes les études examinant la consommation de substances parmi les hommes gais révèlent régulièrement une prévalence plus élevée dans cette population. Très peu d’études ont examiné la consommation d’opioïdes chez les hommes gais malgré le fait que cette catégorie dont on ne parle pas – soit les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes et qui s’injectent des drogues (HARSAH/UDI) – est souvent reflétée dans l’épidémiologie du VIH. Lors d’une étude d’envergure menée aux États-Unis, on a constaté que 10 % des hommes gais avaient fait un mauvais usage d’opioïdes au cours des 12 mois précédents, comparativement à 5,3 % parmi les hommes hétérosexuels. Lorsqu’on parle spécifiquement des « drogues de party », les hommes gais ont tendance à signaler une consommation considérablement plus importante que les hommes hétérosexuels. Les drogues de party les plus courantes incluent la cocaïne, le MDMA, le GHB et le crystal meth. Ces drogues sont souvent consommées dans des contextes très sociaux, tels que les boîtes de nuit, les raves et les lieux publics destinés au sexe, mais aussi dans les résidences privées. En raison des effets désinhibants de ces drogues et de leur capacité à stimuler la libido et à procurer d’intenses sensations, il arrive souvent qu’elles soient consommées dans des contextes sociaux.

Le fait de consommer des drogues pour maximiser son plaisir et sa sociabilité dans les contextes sexuels s’appelle le chemsex ou encore le Party n Play (PnP).

« Ces drogues peuvent faciliter les séances sexuelles de longue durée avec des partenaires multiples, et la probabilité de la transmission d’ITS peut augmenter à cause de traumatismes rectaux et d’abrasions sur le pénis. Il existe aussi des méfaits associés aux surdoses de drogues, surtout en ce qui concerne le GHB/GBL, qui est typiquement administré en faibles doses et à des moments choisis avec soin. » – Bourne A, Reid D, Hickson F, Torres Rueda S, Weatherburn P (2014), « L’étude chemsex : la consommation de drogues dans les contextes sexuels parmi les hommes gais et bisexuels de Lambeth, Southwark et Lewisham ». Londres : Sigma Research, London School of Hygiene & Tropical Medicine.

Depuis des décennies, des recherches menées en Ontario et ailleurs dans le monde révèlent l’association entre le crystal meth (et d’autres drogues de party) et l’augmentation du risque de transmettre ou de contracter le VIH et d’autres infections transmissibles sexuellement et par le sang. Malgré cette réalité, une réponse coordonnée au chemsex tarde à se matérialiser. Par conséquent, de nombreuses personnes dans nos communautés se voient obligées de naviguer au sein des systèmes publics et privés fragmentés pour obtenir des services de soutien liés à la consommation de substances. Or, un grand nombre de ces services de soutien n’ont pas la sensibilisation culturelle nécessaire pour créer un espace sécuritaire. Dans le contexte de la consommation sexualisée de drogues parmi les hommes gais, on ne peut pas rejoindre les gens « là où ils sont » si l’on ne comprend pas la culture des rencontres sexuelles en 2019, alors que la popularité de Grindr et des autres applis géosexuelles ne cesse de monter, tout comme le stress qu’elles créent parfois dans nos vies. Il faut comprendre les termes comme slamming (s’injecter de la drogue durant une rencontre sexuelle) et barebacking (sexe anal sans condom). Le chemsex se trouve à l’intersection de la stigmatisation du sexe gai et de la stigmatisation de la consommation de drogues, lesquelles s’érigent souvent comme obstacles à la résolution des problèmes que le chemsex peut causer chez les hommes gais.

Les efforts pour multiplier les interventions en réponse aux méfaits de la consommation sexualisée de drogues dans la communauté gaie prennent de l’élan dans le monde. Cependant, dans une large mesure, cette réponse laisse à désirer en Ontario parce que certains croient encore que l’enjeu ne concerne que les grandes villes ou les hommes gais les plus privilégiés. Mais ces idées ne sont pas toujours vraies!

Heureusement qu’il existe des exemples extraordinaires d’initiatives canadiennes adaptées aux hommes gais, comme les suivantes :

  • Spill the Tea est le fruit d’un partenariat entre MAX Ottawa & ViiV Soins de santé. Il s’agit de forums ouverts qui attirent, entre autres, les plus grandes drag queens d’émissions comme RuPaul’s Drag Race. L’objectif consiste à créer un espace jovial et sans stigmatisation où les hommes gais peuvent se renseigner sur la réduction des méfaits et obtenir des ressources, du matériel de consommation plus sécuritaire et des tests de dépistage du VIH/ITSS. Cette intervention a été créée à la suite d’une évaluation des besoins communautaire qui a révélé que 40 % des répondants gais et bisexuels de la région de la capitale nationale avaient fait du chemsex au moins une fois au cours de l’année précédente. Sur ce nombre, plus de la moitié ont affirmé avoir consommé à des fins sexuelles seulement.
  • SPUNK! est un groupe de soutien destiné aux hommes gais, bisexuels et queer qui souhaitent changer leurs habitudes de consommation de drogues. Cela inclut un continuum de stratégies allant de la réduction de la consommation jusqu’à l’abstinence totale. SPUNK! emploie plusieurs modalités, y compris les entrevues motivationnelles, la thérapie cognitivo-comportementale, l’approche de renforcement communautaire et la pleine conscience.

Même si ces initiatives sont louables, certains programmes ne peuvent pas répondre à la demande et sont tributaires de sources de financement limitées et souvent précaires. Il est temps d’allouer des ressources suffisantes pour créer l’infrastructure nécessaire. Et nos ressources limitées devraient être consacrées aux interventions qui sont susceptibles de faire le plus grand bien dans la vie des hommes gais.

« Les juridictions à l’extérieur de l’Ontario (et plus largement à l’extérieur du Canada) ont lancé des campagnes novatrices pour aborder la santé sexuelle et le bien-être général des adeptes du chemsex. La campagne sur le chemsex de Mainline résonne particulièrement fort; mise sur pied en Belgique et aux Pays-Bas, cette ressource de réduction des méfaits est reconnue pour l’approche franche, non moralisatrice et accessible qu’elle adopte pour fournir de l’information fondée sur des données probantes en matière de consommation sexualisée de drogues. »  ̶  Rétroaction d’un homme gbHARSAH de l’Ontario à l’égard des ressources de la campagne « PnP Your Way », Yasser Ismail, 2019.

Lorsque les organismes dont le mandat est centré sur la santé sexuelle des hommes gais manquent à l’appel, la communauté poursuit sa longue tradition et prend les affaires en main. Un exemple récent de ce genre de réponse réside dans le lancement du guide Chemsex First Aid au Royaume-Uni. Cette ressource franche et exempte de jugement inclut des sections décrivant les actions à prendre en réponse aux urgences liées au GHB et au crystal meth qui peuvent se produire dans les milieux de chemsex. Elle va plus loin aussi pour souligner des risques particuliers comme l’agression sexuelle et les réactions allergiques.

Il est crucial de porter plus d’attention aux hommes gais touchés par la consommation sexualisée de substances afin de pouvoir répondre à leurs besoins en matière de santé sexuelle et de bien-être holistique. Nous avons besoin de moins de manchettes sensationnelles et de plus d’actions.

Il nous faut :

  • de l’action pour étendre la portée des interventions efficaces et adaptées
  • de l’action pour assurer l’adaptation des modèles de réduction des méfaits
  • de l’action pour assurer la pertinence de nos programmes et de nos services dans la vie des hommes gais faisant du chemsex

Certains organismes communautaires ont tous les services de soutien intégrés nécessaires pour répondre aux besoins des hommes gais qui consomment des substances. Les services en question incluent l’éducation et le travail de proximité en ligne, le dépistage du VIH/ITSS sur place, le soutien à la navigation et à l’accès à la prophylaxie pré-exposition (PrEP), le soutien à l’observance pour les hommes gais vivant avec le VIH, les activités d’implication communautaire et, bien entendu, les sites fixes de réduction des méfaits. Le secteur du VIH ne peut pas prendre en charge chaque aspect de la réponse au chemsex tout seul. Cependant, nous pouvons fournir du leadership et encourager les autres secteurs à travailler avec nous, tels que la santé publique, la santé mentale et les services se rapportant à la consommation de substances.

Pendant que les investissements sont effectués et que les ressources sont allouées, il est important que les hommes gais qui subissent les méfaits du chemsex ne soient pas laissés pour compte. Cette année, l’Alliance pour la santé sexuelle des hommes gais lancera Party n Play Your Way, une campagne multidimensionnelle conçue en réponse aux méfaits potentiels du chemsex. Nous devons parler davantage du sexe, de la consommation de substances et de la réduction des méfaits chez les hommes gais. Nos communautés veulent une conversation et de l’action!

 

Dane Griffiths est directeur associé de l’Alliance pour la santé sexuelle des hommes gais de l’Ontario. Il coordonne la planification, la mise sur pied et l’évaluation des campagnes de marketing social et d’autres projets visant à renforcer les programmes communautaires. Lorsqu’il n’est pas au travail, Dane aime écouter la musique des icônes de la culture gaie comme Tina Turner pendant qu’il s’éclate sur la piste de danse.

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